forêts

Scandale : Choc entre le peuple des Lumads et Nakeen Corporation: accaparement des terres, meurtres, harcèlement aux Philippines.

(Source : bulatlat.com ) Par JANESS Ann J. ELLAO 

Les Lumads

Cagayan de Oro, Misamis Oriental - Dans chaque communauté, la source d'eau potable est aussi leur source de vie. Ainsi, la plantation de palmiers à huile proche d’Opol, dans le Misamis Oriental aux Philippines, qui met en danger la source d'eau potable dans la région, ne se contente pas d’empiéter sur les terres des peuples autochtones dans la région, mais menace aussi leur existence.

Consolacion Payla, 66 ans, nous fait part de son témoignage : «Je suis en colère parce que la société qui gère la plantation de palmiers à huile n'a pas été fidèle à ses mots. Nous avons perdu nos terres, nos moyens de subsistance et notre source d'eau à cause d'eux ». Payla est l'une des Lumads (ndlr : groupe d’indigènes des Philippines) qui luttent contre la plantation de palmiers à huile à Sitio Limbasan près d’Opol, la quatrième ville de la province du Misamis Oriental.

Nakeen Corporation, une filiale de A Brown Energy and Resources Development, Inc., a été en mesure d'obtenir un permis du gouvernement pour cultiver plus de 600 hectares de terres appartenant à l’Etat situées au niveau d’Opol. Et cela, avec des avantages fiscaux s’élevant à 4,5 millions de dollars. La phase d'exploration de la région a commencé en fin 2010.

Le secrétaire au Commerce et président du conseil d'Investissements, Grégoire Domingo a déclaré que, avec la forte demande pour l'huile de palme à la fois sur le marché national et international, « la production ne peut que s'améliorer avec l’agrandissement des cultures et la croissance des palmiers. »

Des palmiers poussent jusqu'à 30 pieds de haut et ont une durée de vie de 25 ans. Ils porte des grappes de fruits frais, de petits fruits rouges, qui sont constitués de pâtes huileuses. Ses graines, appelée palmistes, sont également riches en huile. Cette plantation d'huile de palme , ici dans le  Misamis Oriental, a une capacité de plus de 13 000 tonnes de fruits frais par an et l’entreprise aurait besoin de 209 employés en plus.

Nakeen Corporation a commencé à planter des palmiers depuis janvier 2011 et la récolte des fruits, est prévue dans le courant de janvier 2014. Pourtant, dès à présent, Payla peut affirmer que l'entreprise a déjà affecté leur vie quotidienne. La communauté des Lumads ont peur pour leur source d'eau potable, car ils s’alimentent au niveau d’une rivière voisine, qui serait polluée par les produits chimiques nocifs pulvérisé sur les palmiers.

Maintenant, nous devons aller chercher l'eau à la ville, « nous marchons des kilomètres uniquement pour obtenir de l'eau potable », a déclaré Payla. Elle ajoute qu'ils observent aussi les vaches qui boivent l’eau de la rivière dans leur communauté.

 

L'accaparement des terres

 

Mais hors mis le problème de l’eau, les Lumads sont aussi privés de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. Payla aujourd'hui n'a pas plus qu’un hectare de terre sur les six hectares qu’elle et sa famille avaient hérité. La terre était, à l'origine, une partie de leur domaine ancestral jusqu'à l’arrivée d’un certain capitaine Carrey dans leur communauté en 1951 qui a revendiqué leurs terres.

"Il est de Luzon," a déclaré Payla lorsqu'on lui demande plus de détails sur le capitaine Carrey. Carrey a transformé leurs champs de riz en une ferme d'élevage. Le mari de Payla travaillait pour lui et lorsque ce dernier est finalement parti quelques années plus tard, certaines parcelles de terre, que Carrey laissent en pâture aux animaux, ont été cédés à la famille Payla en compensation.

Mais avec l’arrivée de Nakeen Corporation, les terres ont été confisquées à la famille Payla et au reste de la communauté. En plus des 5 hectares de terre perdue, se rajoutent 580 bananiers, 64 cocotiers, 4 jacquiers et un manguier. «Nous étions ici avant même sa venue. Comment se fait-il qu’ils peuvent nous retirer notre gagne-pain aussi rapidement ? »

La production des Payla ne peut désormais suffire à couvrir leurs besoins alimentaires quotidiens. Pour joindre les deux bouts, ils vendent du bois et gagne environ 11 centimes de dollars pour chaque lot de 100 fagots de bois. Malheureusement, c’est juste assez pour acheter du sel et du poisson séché au moins une fois par mois.

 

Harcèlement

 

Ceux qui contestent la plantation de palmiers à huile sont harcelés. Dans un communiqué, Pangalasag, qui signifie littéralement « bouclier indigènes », l'Organisation régionale Lumad Kalumbay a informé que le 24 septembre dernier que leurs dirigeants et les membres sont harcelés et intimidés.

Les agents de l’organisation ont été mis sous surveillance. Ils auraient été harcelés par des messages et maltraités par les gardes de l'entreprise. «La violation systématique de leurs droits était passée inaperçu à cause de l'éloignement de la communauté, et le faible niveau d'alphabétisation des victimes qui demande réparation devant les tribunaux».

Aux alentours de 11h00, le 10 mars 2011, les membres Pangalasag ont su que Edwin Baranggot, Jemar Armilla, Fausto Magpulong, Raul Magpulong, José Paborada, Dante Paborada et Ruel Tagupa étaient sur leur chemin pour recueillir du bagacay, une variété de bambou, et qu'ils ont été appréhendés par un groupe armé alors qu'ils étaient au repos après une longue marche.

"Ils ont ouvert le feu sur nous et nous avons couru pour sauver nos vies», confie Armilla à Bulatlat.com dans une interview.  Puis il se cacha sous un buisson, mais malheureusement il a été trouvé par un homme qui s'est présenté comme un membre du Bureau national d'enquête.

Armilla continue son récit en citant l'un des membres du groupe armé : "Laissez-nous simplement le tuer. Il pourrira ici, personne n’est là pour voir ça de toute façon"

Les autres se sont rendus en voyant qu’un homme pointait un pistolet sur Armilla. Il a été menotté et a été touché à la jambe. Baranggot et Armilla ont été amenés au poste de police OPOL où ils ont été détenus pendant deux heures. Un des agents a également poinçonné NBI Armilla sur sa poitrine trois fois. Les deux ont finalement été transférés au bureau du PNB sur les terrains du Capitole provincial à Cagayan de Oro City, où ils ont été détenus pendant une nuit. Ils ont été accusés par le PNB de l'agression directe.

Barangot et Armilla ont été libérés après avoir versé une caution d'un montant de 311 $ pour les deux.

Ils ont appris plus tard que A Brown Inc. aurait appelé le PNB et la police à cause de certains "hommes armés" dans la plantation. Armilla réfute les allégations de A Brown. Il a confié au Bulatlat.com qu'il est seulement un ouvrier agricole dans une plantation de cocotiers à proximité et ne gagnent que environ 2,7$ par jour.

 

Encore plus de violations à venir

 

Jomorito Goaynon, la président de Kalumbay (organisation locale d’indigènes) dit que, dans la plupart des cas, les entreprises géantes derrière ces plantations sont presque toujours autorisé par le gouvernement local à cultiver la terre, même si les gens du pays, dans ce cas, les peuples autochtones, ne le permettent pas.

Pour forcer le peuple et permettre à des plantations de s’implanter au cœur de ces communautés, Goaynon confie que les entreprises embaucheraient des fonctionnaires du village pour convaincre les habitants. Mis à part les deux paysans qui ont été emprisonnés en Mars, dit-il, leur organisation a recensé au moins cinq familles qui ont été harcelés par les gardes des entreprises ou les responsables du village depuis que A Brown Inc. a commencé sa phase de prospection fin 2010.

Goaynon a notamment déclaré que des produits chimiques nocifs sont pulvérisés sur les palmiers à huile et pourraient gravement endommager les autres cultures telles que la noix de coco, le maïs et le riz. Le pire, dit-il, c'est quand la source d’eau potable de la communauté sera totalement polluée.

Bien qu'il n'y ait toujours pas d'unités militaires déployées dans la région, a déclaré Goaynon, ils s'attendent à ce que ca arrive.

L'incident, où Armilla et Barangot ont été prit et traduits en justice, est un signe que plusieurs violations des droits humains sont encore à venir.

"Nous ne croyons pas que ce soit ni un groupe armé, ni le NPA," (Nouvel Armée Populaire communiste). Tous ces éléments sont des tactiques simples pour réduire au silence la communauté en raison de leur lutte contre la plantation de palmiers à huile », dit Goaynon à Bulatlat.com dans une interview.

Goaynon dit qu'il est maintenant entre les mains du gouvernement national de révoquer le permis qu'il a donné à A Brown Inc. «La plantation de palmiers à huile n’aide pas l'économie du pays parce que le produit n’est pas pour la consommation locale», a-t-il dit, "nous allons déposer notre plainte officielle devant les bureaux du gouvernement pour mettre un terme à la plantation."

Payla, pour sa part, a dit qu'elle se joindra à la lutte contre la plantation de palmiers à huile."Nous n'avons pas peur car je sais que nous possédons la terre et que notre droit est de la labourer".

Nestlé prévoît l'investissement de 200 millions de $ dans le cacao

( Source: thejakartapost.com, 7 octobre 2011 )

Le géant Nestlé basé en Suisse prévoit d'investir 200 millions de dollars dans une plantation de cacao en Indonésie, parce que l’entreprise croit que l'industrie du cacao offre encore des perspectives prometteuses pour les années à venir. Le Président de l'Association Indonésienne du Cacao (Askindo), Zulhefi Sikumbang, a déclaré que le gouvernement devrait appuyer l’investissement, car c’est une importante source d’emplois. « Nous sommes optimistes quant au développement de l’industrie du cacao car les investisseurs étrangers montre un intérêt grandissant dans cette industrie et cela aidera un secteur de plus en plus dans l’impasse, » a déclaré Zulhefi, cité par Antara News. Il a ajouté que Nestlé avait déjà établi une usine de cacao en Malaisie, mais, étant donné les résultats décevant du marché, la firme a envisagé un plan d’expansion.  L'industrie indonésienne du cacao a diminué significativement ; la production a baissé de plus de 50% parce que, notamment, de nombreux agriculteurs cultivant des cacaoyers, avaient recentré leurs entreprises sur le caoutchouc et l’huile de palme.  La consommation intérieure de cacao indonésienne est maintenant 200 000 tonnes par an tandis que la capacité de production n’est que de 170 000 tonnes.

[ce que j'en pense: L’Indonésie souhaite donc augmenter sa production afin de subvenir à ses besoins et alléger le poids de l’importation. Quant à Nestlé, il ressent la pression exercée par les consommateurs quant à un besoin de transparence. L'huile de palme étant dorénavant un véritable problème éthique dans les grands groupes industriels de l'agro-alimentaire. Les IAA cherchent sans cesse des alternatives aussi valables, au niveau économique et organileptique par exemple.]

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Le roi de Malaisie invité à une fête écologique alors que la déforestation fait rage au Sarawak

( Source: survivalfrance.org, 28 juillet 2011 )

Le roi de Malaisie et le prince de Galles ont assisté hier à Londres à la réception de ‘Earth Awards’ organisée en partenariat avec START, une initiative du prince Galles visant à sensibiliser les citoyens britanniques au développement durable.

La présence incongrue du roi de Malaisie au cocktail d’inauguration de l’exposition sur les ‘innovations durables’ ne restera pas sans réaction de la part de la tribu des Penan. Ces chasseurs-cueilleurs nomades qui dépendent exclusivement de leur forêt pour leur survie se classent parmi les meilleurs protecteurs de l’environnement.

Cependant, sur l’île de Bornéo, dans l’Etat malaisien du Sarawak, leurs territoires subissent une déforestation massive en faveur du commerce de bois et des plantations de palmiers à huile.

Depuis des milliers d’années, les Penan vivent en harmonie avec les forêts du Sarawak qui sont parmi les plus anciennes et les plus riches en biodiversité de la planète.

En contraste total avec les bûcherons qui détruisent massivement leurs forêts, les Penan n’y prélèvent que ce dont ils ont besoin, préservant ainsi durablement leurs précieuses ressources.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Je suis surpris que le roi de Malaisie ait été invité à cet ’éco’-événement alors que son pays détruit les forêts du Sarawak trois fois plus vite que tous les autres pays d’Asie réunis. Nous l’appelons à user de son influence pour empêcher la destruction de la forêt des Penan et pour garantir le maintien de leur mode de vie durable’.

Le boycott pur et simple [...] est une réponse trop simpliste

( Source: tracesdupanda.wwf.fr, juillet 2011 )

Mettons un point final à la conversion de forêts naturelles en plantation

Mettons un point final à la conversion de forêts naturelles en plantation

Les plantations de palmiers à huile couvrent déjà 13 millions d’hectares sur la planète, en grande partie sur l’île de Sumatra, en Indonésie. Or, l’expansion de ces plantations est la principale cause de déforestation dans l’archipel. Les si précieuses forêts tropicales de Sumatra abritent pourtant d’innombrables espèces dont la rafflésie, la plus grande fleur connue, mais aussi quelques 400 tigres, de rares rhinocéros, des éléphants et environ 6 000 orangs-outans. Ces populations sont aujourd’hui toutes fragilisées par la disparition de leur habitat. La destruction des forêts est également à l’origine de 70 % des gaz à effet de serre produits par l’Indonésie, 3ème pays émetteur au monde, et entraîne des déplacements de populations, facteurs de troubles sociaux.

Toutefois, le boycott pur et simple de l’huile de palme, qui entre dans la composition de tant de produits alimentaires, énergétiques ou cosmétiques, est une réponse trop simpliste. Il convient plutôt d’imposer des pratiques responsables aux opérateurs de la filière afin de protéger les forêts à haute valeur environnementale. Ainsi des millions d’hectares de terres dégradées sont disponibles et se prêteraient parfaitement à l’exploitation du palmier à huile. Et le développement économique de l’archipel indonésien ne serait en rien contrarié.

Le WWF a donc rejoint la « table ronde pour une huile de palme durable » (RSPO), une initiative réunissant producteurs, utilisateurs et représentants de la société civile, soucieux de mettre en place une filière respectueuse de l’environnement. Le label RSPO garantit notamment que l’huile de palme n’est pas issue de nouvelles zones déboisées. Toutefois, le WWF exerce une grande vigilance quant au respect des critères de certification et poursuit son action pour obtenir l’interdiction de la conversion des tourbières, ces sols acides qui, drainés et asséchés, émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Financeurs, producteurs, transformateurs, consommateurs, tous concernés !

Le WWF s’emploie aussi à promouvoir l’huile de palme certifiée RSPO qui représente déjà un pourcentage significatif des ventes mondiales. Le WWF analyse ainsi les politiques environnementales des importateurs-transformateurs européens, lesquels ont le pouvoir économique de faire évoluer les pratiques, l’Europe étant le troisième acheteur d’huile de palme, derrière la Chine et l’Inde. Il est d’ailleurs crucial que ces grands marchés adoptent à leur tour des normes durables. Le WWF étudie également les garanties environnementales que devraient exiger les investisseurs étrangers dont le rôle est loin d’être négligeable puisqu’ils financent environ un quart des projets de plantations.

Sur le terrain, le WWF-Indonésie lutte contre la déforestation illégale aux abords des Parcs Nationaux, promeut auprès des populations locales des activités alternatives à l’exploitation des ressources de la forêt, comme l’apiculture ou le tourisme durable, et développe des stratégies efficaces pour limiter les conflits hommes/éléphants.

Ainsi, en Malaisie comme à Sumatra, la dégradation des écosystèmes forestiers ralentit. Toutefois de nouveaux projets menacent déjà des massifs préservés à Bornéo et en Papouasie, en Indonésie, mais aussi en Afrique et en Amérique du Sud. Dès lors, chacun d’entre-nous doit agir pour la sauvegarde des forêts tropicales. D’abord en privilégiant une alimentation non transformée, biologique, locale et de saison. Ensuite en exigeant que l’huile de palme contenue dans les produits comme la margarine, le savon, le rouge à lèvres… provienne d’une filière durable et certifiée. Enfin, en soutenant le WWF. Vos dons nous sont essentiels pour mener nos combats en faveur de la préservation des forêts et des espèces.

Donnez votre avis ! (Argumenté)

Le coût des biocarburants

( Source: Dominique Hennequin, Emmanuelle Grundmann et Thierry Simonet -- ARTE GEIE / Nomades Productions -- France 2009 )
         ‪Indonésie: Le coût des biocarburants (Reportage ARTE)Les bois de qualité moindre rejoindront les usines de transformation de pâte à papier. En quelques heures, le paysage se transforme : la forêt vierge disparaît sous les coups de boutoirs des pelleteuses. Une atteinte irréversible à la biodiversité.
En 2008, l'Indonésie détient toujours le taux de déforestation le plus fort du monde : l'équivalent d'un terrain de football toutes les 15 secondes. Le feu se charge de nettoyer ce qui reste de forêt primaire. Allumés volontairement à la saison sèche, ces incendies géants brûlent forêts et tourbières pendant des semaines.
Le carbone dégagé par cette gigantesque combustion a fait de l'Indonésie le troisième pays émetteur de gaz à effets de serre de la planète, après la Chine et les Etats-Unis. Des palmiers à huile remplacent la perte de l'ancienne forêt qui occupait 80% de l'espace. Une monoculture rentable, à perte de vue. Depuis peu, l'huile de palme entre dans la composition du carburant. Une loi, votée par le Parlement européen, impose un taux de 5,75% de biocarburants d'ici 2010 et de 10% d'ici 2020. Conséquence directe de cette loi : l'importation massive d'huile de palme sur notre continent. Une huile beaucoup moins chère que l'huile de colza et produite avec un faible coût de main d'œuvre.
Malaisie et Indonésie, les deux principaux pays producteurs étendent leurs cultures de palmiers à huile sur tout leur territoire. Une ruée vers l'or vert aux conséquences dramatiques : la déforestation massive de la forêt vierge, un trésor inestimable pour la biodiversité.

Des scientifiques exhortent la Papouasie-Nouvelle-Guinée à imposer un moratoire sur le déboisement massif des forêts

( Source: fr.mongabay.com, 10 juillet 2011)


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Des forêts couvrant une superficie plus grande que le Costa Rica—5,6 millions d'hectares (13,8 millions d’acres) —ont été cédées par le gouvernement de Papouasie-Nouvelle- Guinée à des entreprises étrangères, principalement pour l'exploitation forestière. Octroyés dans le cadre d'accords gouvernementaux appelés Special Agricultural and Business Leases (Contrats de Bail Spéciaux pour l'Exploitation Agricole et le Commerce, SABLs pour son sigle en Anglais), ces baux fonciers contournent les strictes lois locales relatives à la propriété foncière communale. A présent, l'Association pour la Biologie Tropicale et la Conservation (ATBC), la plus grande association professionnelle du monde consacrée à l'étude et à la préservation des forêts tropicales humides, exhorte la Papouasie- Nouvelle-Guinée à imposer un moratoire sur les SABLs.

"Les SABLs, dont l'objectif initial était d'encourager le développement agricole local, sont utilisés à grande échelle en [Papouasie-Nouvelle- Guinée] pour contourner les réformes forestières en accordant des baux fonciers à long terme (parfois de 99 ans), le plus souvent aux entreprises étrangères ou multinationales " déclare l'ATBC dans une résolution.

Ces baux sont accordés sans l'autorisation des communautés locales et, parfois, sans même qu'elles en soient informées, ce qui constitue une violation directe du droit de propriété foncière communale existant en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Une fois les baux accordés, des permis d'exploitation forestière, appelés avec justesse Autorisations de Défrichement des Forêts, sont délivrés par le Bureau National de Gestion des Forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Actuellement, près de la moitié des terres couvertes par les SABLs—soit 2 millions d'hectares (presque 5 millions d'acres) —font déjà l'objet d'autorisations de coupe à blanc. Selon l'ABTC, une grande partie des forêts sur le billot "ont une importance biologique et culturelle considérable".

"Ces autorisations de défrichement favoriseront l'exploitation des forêts naturelles par des étrangers sans les contraindre à se conformer à la réglementation forestière en vigueur" déclare l'ATBC. Ces SABLs, ajoute-t-elle, mettent en évidence le désir de contrecarrer les efforts actuels de réforme de l'industrie forestière [de Papouasie-Nouvelle-Guinée] longtemps accusée de mal gouvernance et de mauvaise gestion.

Avant que les communautés forestières ne soient dépossédées de leurs terres traditionnelles, que la biodiversité ne soit dégradée, et que les services écosystémiques des forêts ne connaissent une diminution drastique, les autorités devraient imposer un moratoire sur l'octroi de nouveaux baux et de nouvelles autorisations de coupe à blanc des forêts, déclare les responsables de l'ATBC. Par ailleurs, les baux et autorisations déjà accordés devraient faire l'objet "d'examens profonds, transparents et indépendants".

Dans sa résolution, l'ATBC déclare que son intention n'est pas de freiner l'atteinte de "l'objectif pressant" réduction de la pauvreté dans le pays mais plutôt de mettre en garde contre "l'exploitation industrielle prédatrice des forêts, des terres et autres ressources naturelles du pays qui trop souvent ne produit pas des bénéfices justes ou équitables pour la majorité des citoyens [de Papouasie-Nouvelle-Guinée]."

On pensait jusqu'à présent que la Papouasie Nouvelle Guinée avait réussi à éviter la déforestation massive, conservant ainsi l'une des dernières grandes forêts tropicales humides hormis celles du Congo et d'Amazonie. Cependant en 2009, une étude révélait qu'entre 1972 et 2002, quasiment un quart des forêts du pays avaient déjà disparu ou était dégradé à cause de l'exploitation forestière.

 Chart by mongabay.com
Graphique de mongabay.com.

"Green" primé au Millenium Film Festival 2011 : Objectif d'Argent

( Source: Greenforyou.be, 21 juin 2011 )

A l’occasion de la projection du documentaire « Green », son réalisateur Patrick Rouxel nous a accordé un entretien. Il vient de recevoir prix du meilleur message du développement, offert par l'UNDP. Ce film tourné en Indonésie retrace l’histoire d’une femelle orang-outang dont la vie a changé suite à la déforestation. Rythmé par les sons de la nature, « Green » décrit l’utilisation du bois et des terres conquises : de la pâte à papier aux plantations de palmeraies.

Pouvez-vous nous dire ce qui vous guide dans la création de vos documentaires?

Ce que j’essaie de faire dans mes films, c’est de transmettre une émotion. Toute direction artistique dans la création, dans le choix des images et dans les enchainements est motivée par cette ambition de vouloir mener le spectateur à ressentir une émotion clé. C’est comme ça que je prends mes décisions. Est-ce la méthode forte ou douce ? Je pense que le message est assez doux avec Green, alors que c’est plus intense avec mon dernier film : Alma.

Toute la difficulté semble résider dans le ton…

Avec un texte, cela reste des mots, c’est supportable. Mise à l’écran, la même histoire a un tout autre poids. A la vision de certaines images, il y a beaucoup plus de gens qui ont une réaction de refus car ils n’ont pas envie de voir ou de savoir. Je ne pense pas que Green ait ce problème.
Alma est plus rude. Parfois il y a des choses auxquelles nous sommes tellement sensibles qu’il est délicat de communiquer de façon douce. Le tout est de trouver les images justes afin de faire passer la réalité au spectateur.

Quelle autonomie avez-vous dans la construction d’un film ?

Etant indépendant, je ne m’impose aucune restriction au montage quant à la longueur du film. J’assemble et ensuite j’accepte la durée : Green fait 48 minutes, le dernier film 65 minutes. Ce qui compte c’est de trouver la durée adéquate. J’estime que mes films sont rythmés naturellement. L’histoire de Green s’est écrite sur le terrain, c’est le fruit du hasard.

Vos tournages se font en solitaire. Est-ce un choix d’indépendance ou un besoin de liberté ?

Avec chaque tournage, je fais des voyages hallucinants. J’ai l’opportunité de vivre des histoires auxquelles peu de gens ont accès. Faire des documentaires en solitaire vient d’une réalité : j’ai commencé de réaliser des films à l’âge de 35 ans. Je n’allais pas être stagiaire ou assistant (rires). Je ne voulais pas non plus mettre toute une équipe en danger. Aujourd’hui avec l’équipement qui existe, il est possible de se lancer dans un projet personnel avec peu de moyens.

Affiche du documentaire GreenPour revenir à « Green », pouvez-vous nous expliquer l’histoire de ces éléphants enchainés?

Les éléphants ont un cycle avec des passages réguliers à des endroits ou ils reviennent chaque année. Avec la déforestation, leur territoire disparait et ils n’ont plus d’habitat. A la place, il y a maintenant des cultures, des villages. Les éléphants vont dans les plantations nouvelles et font des saccages. Cela créé des conflits entre les animaux et les hommes.
Des spécialistes en capture d’éléphants sont appelés. Ils essaient de les chasser pour qu’ils retournent en forêt, ou ils les attrapent par famille. Ils sont mis dans des refuges, des sanctuaires qui sont en fait des mouroirs pour éléphants. Les zoos n’en veulent plus (ils sont pleins déjà), les paysans non plus. Ils sont passés à l’âge du tracteur, ou des buffles. Il y a juste du tourisme local avec des ballades à dos d’éléphants ou des animations.

Aujourd’hui il est difficile de dissocier le bon grain de l’ivraie. Comment effectuez-vous vos choix de consommation ?

C’est juste une question de maturité individuelle au regard de ces paradoxes. À chaque achat, je me pose la question: « comment est-ce que cela a été fait, qu’est-ce qui se cache derrière ? » Plus je lis, plus je vois de films, plus je réalise qu’un grand nombre de produits que nous consommons sont douteux.
Ma solution est certainement dans le fait de consommer le moins possible dans un premier temps. Si un achat est nécessaire, je m’assure que cela reste en accord avec ma sensibilité, avec mes idéaux. En tant qu’individu, végétarien depuis 25 ans, il est difficile de croire que je vais changer le destin de l’humanité ou des animaux de la terre. J’essaie quand même parce c’est important pour mon esprit. Le tout est d’être en accord avec ses valeurs personnelles, essayer de tendre vers...

Déforestation en Indonésie - extrait du film Green

Photo © Patrick Rouxel

Le générique de fin semble interminable. Il liste les différentes causes et entreprises sources de la déforestation.

La quantité de noms d’entreprises est une façon d’illustrer le gigantisme de ces industries. Il aurait été plus facile de se limiter à 5 ou 10 noms. Je voulais montrer au public l’ampleur des dégâts. Il y a un nombre incroyable de marques qui utilisent de l’huile de palme dans l’alimentaire, les cosmétiques etc... En même temps, avant l’industrialisation, l’huile de palme était absente de l’alimentation, il y a donc des solutions et des choix à faire.

Pour conclure, une recommandation, un conseil ?

L'admirable livre « The Story of Stuff » par Annie Leonard.

Pour aller plus loin: les documentaires Green et Alma sont disponibles en streaming et en téléchargement légal. Voir aussi le film d'animation The Story of Stuff

Remise de l'Objectif d'Argent au Millenium Film Festival 2011

Remise de l'Objectif d'Argent au Millenium Film Festival (Photo © Yann Verbeke www.yannverbreke.com

La Terre a toujours besoin de ses arbres

James Astill
The Economist (Royaume-Uni)

Le 23-09-2010 (Publié sur internet le 02-05-2011)

Constamment menacés par l’avancée des activités agricoles, les grands massifs forestiers atteignent inexorablement le point de non retour.

L’aube est un moment fabuleux pour contempler la canopée de l’Amazonie. Du haut d’un observatoire, on voit émerger de l’obscurité un paysage sylvestre gris et flou, ondoyant, plus granuleux qu’un nuage. Dans chaque feuille, les molécules de chlorophylle entament une nouvelle journée de photosynthèse. On sait depuis longtemps que les plantes produisent de l’oxygène. Mais on a moins conscience de l’importance de leur aptitude à stocker le CO2 pour rendre la planète habitable. A deux reprises, au début du carbonifère et du crétacé (il y a respectivement 350 et 150 millions d’années), l’atmosphère a contenu des niveaux très élevés de dioxyde de carbone, qui ont été réduits grâce à l’expansion de plantes capables de fixer ce gaz.

C’est l’une des raisons – et non la moindre – pour lesquelles détruire la forêt est une mauvaise idée. Environ la moitié du poids sec d’un arbre est constituée de CO2 piégé, dont la majeure partie est libérée lorsque l’arbre pourrit ou brûle. Depuis dix mille ans au moins, l’homme favorise ce processus en coupant et en incendiant les forêts pour étendre les surfaces consacrées à l’agriculture. Environ la moitié du couvert forestier d’origine de la Terre a disparu de cette façon. Selon une estimation, jusqu’aux années 1960, les modifications de l’utilisation du sol – c’est-à-dire principalement la déforestation – ont été la principale source des émissions de CO2 dues à l’homme. Elles continuent à représenter une part importante des émissions, environ 15 à 17 % du total, soit plus que ce que rejettent tous les avions, trains, voitures et bateaux circulant dans le monde.

Mais ces chiffres donnent une idée trop faible des dégâts causés par la déforestation. Les forêts abritent plus de la moitié des espèces animales de la Terre et sont la source de la plupart de nos aliments de base, ainsi que de beaucoup de médicaments modernes. Elles assurent la subsistance, entièrement ou en partie, d’environ 400 millions des habitants les plus pauvres de la planète.

Abattre les arbres provoque une réduction de l’évapotranspiration, ce qui entraîne une baisse des précipitations dans les zones placées sous le vent. Le défrichement de la forêt amazonienne a ainsi des conséquences énormes sur l’agriculture dans tout le continent américain. On continue pourtant à couper les arbres. Selon la FAO, il n’y a plus que 4 milliards d’hectares de forêts sur la planète, et elles couvrent 31% de sa surface . Environ la moitié des forêts se trouve sous les tropiques. Il s’agit principalement de forêts pluviales. Quasiment un tiers de ces forêts se trouvent au Brésil et un cinquième en république démocratique du Congo (RDC) et en Indonésie. La deuxième plus grande forêt du monde, environ un tiers du total, se trouve dans le biome boréal : c’est la taïga, une ceinture d’épicéas, de bouleaux, de sapins et de trembles qui borde les régions arctiques, principalement en Russie, en Scandinavie, en Finlande, au Canada et dans une petite partie des Etats-Unis.

Aujourd’hui, la forêt est attaquée surtout sous les tropiques. Ces soixante dernières années, la forêt pluviale a perdu plus de 60 % de sa superficie. Elle est morcelée sur les deux tiers de ce qu’il reste, ce qui l’expose encore plus au défrichement. La déforestation tend à ralentir, ce qui est une sorte de progrès en comparaison de ce qui se passait dans les années 1990, quand plus de 16 millions d’hectares étaient abattus chaque année. Cette baisse est surtout due au ralentissement du rythme de la déforestation dans les deux pays qui coupent le plus d’arbres au monde, le Brésil et l’Indonésie. Il y a dix ans, le Brésil a décrété zone protégée 500 000 kilomètres carrés de forêt amazonienne.



Le risque climatique

On a cependant tendance à exagérer ce progrès. Il reste insuffisant à cause de deux menaces considérables qui pèsent sur la forêt. La première est le changement climatique, qui va très probablement redessiner la carte des écosystèmes forestiers, provocant une intensification sur la planète du dépérissement des forêts causé par l’aridité, les sécheresses, les invasions d’insectes nuisibles et les feux de forêt. Les perspectives pour l’Amazonie sont aussi très sombres. Jusqu’à présent, 18% de cette forêt ont été coupés. Selon une étude réalisée l’année dernière par la Banque mondiale, en couper 2 % de plus pourrait déclencher le dépérissement de ses parties relativement sèches, situées au sud et au sud-est. Un réchauffement planétaire de 3,5 degrés (une projection tout à fait raisonnable) détruirait la moitié de la forêt pluviale. Cela provoquerait la libération de la majeure partie des 50 milliards de tonnes de CO2 qu’elle renferme.

La deuxième grande menace est l’homme. La population de la planète devrait augmenter de 50% dans les quarante prochaines années et compter environ 9 milliards de personnes. La majeure partie des 3 milliards de ventres affamés supplémentaires vivra dans les pays en voie de développement, surtout sous les tropiques. Et, si leurs niveaux de productivité agricole restent aussi faibles qu’aujourd’hui, la demande de terres augmentera et il faudra les prendre à la forêt.

Renforcer la loi

Les gouvernements et les investisseurs étrangers cherchent de plus en plus à acheter des terres tropicales bon marché et bien arrosées. La Chine, qui a accepté de rénover et de construire 6 000 kilomètres de routes en RDC, veut y faire de la culture intensive de palmiers à huile. La Chine est le principal importateur d’huile de palme brute au monde et la demande pour ce produit explose partout sur la planète.

Y a-t-il un espoir de survie pour les forêts, surtout pour les forêts tropicales ? Une protection à grande échelle est aujourd’hui encouragée par les gouvernements, les ONG, les scientifiques et les investisseurs. Le principal instrument mis en place est un programme international connu sous le nom de REDD (Reduced Emissions from Deforestation and Forest Degradation) [Réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts]. Doté d’une enveloppe de 4,5 milliards de dollars [3,2 milliards d’euros], il consiste à faire verser de l’argent par les pays riches aux pays pauvres pour qu’ils ne coupent pas d’arbres. Il y a cependant un grand risque que le programme REDD n’obtienne pas les résultats escomptés.

La Terre a un besoin sans limites des arbres et de leur capacité à absorber les émissions de CO2. Sauver les forêts qui restent sur la planète n’est donc qu’un premier objectif. Mais même un objectif aussi modeste va exiger des changements considérables dans la gestion de la forêt. Il va falloir réformer les cadastres et renforcer le respect de la loi. Il va surtout falloir que les gouvernements et les politiques attachent beaucoup plus de prix à la forêt et se penchent sérieusement sur la question du changement climatique. Bref, il va falloir une révolution, ce qui est beaucoup espérer.



[Traduction : Courrier International]

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