Guatemala

Le Guatemala, sous la coupe de l'agrobusiness

Dans ce petit pays d'Amérique centrale, des Indiens sont évincés de leurs terres pour céder la place à la monoculture de la palme ou de la canne.

Pour visionner l'infographie réalisée par Eitan Haddok, envoyé spécial pour Le Monde Magazine, aller sur http://www.lemonde.fr/week-end/infographe/2011/06/03/le-guatemala-sous-la-coupe-de-l-agrobusiness_1531661_1477893.html.

Il raconte cet exemple d'accaparement des terres du Sud par des pays et des sociétés du Nord:

"Face au boom des agrocarburants, le Guatemala cherche aussi à se positionner, ou plus précisément une minorité de grands propriétaires terriens qui contrôlent la majorité des terres arables du pays, avec des conséquences très dures pour les communautés rurales mayas.

Le nouvel eldorado des terres arables se trouve dans les départements du Nord du pays L’Alta Verapaz et le Petén, ces régions fertiles sont soumises à une colonisation massive de monoculture de palme. Ces dernières semaines, 13 communautés qui comptent 300 familles dans la vallée de Polochic ont été victimes de raids d’expulsion et de destruction de leur village. Ces raids ont été menés par la police, mais surtout par les milices armées de la compagnie Chabil Utzaj et son propriétaire Carlos Widmann. Ces réfugiés sont des dizaines de familles qui ont fuies leurs villages lors du raid expliquent qu’ils n’ont nulle part où aller et qu’ils se réfugient dans les champs avoisinant de peur du retour des hommes de Widmann.

Depuis, ce jeune couple vit sous cette bâche dans un champ de maïs avec leur bébé d’un an. Un peu plus haut dans la vallée, la communauté de San Pablo vient de prendre connaissance de l’ordre d’expulsion qui la menace. Ils sont les prochains sur la liste et ne comprennent pas pourquoi. Ça fait 60 ans qu’ils vivent sur leurs terres. Pour toute défense, ils ont rédigés sur trois pages l’histoire de leur communauté de puis 1960, c’est leur seul témoignage avec lequel, ils essayent d’alerter l’extérieur.

Après c’est simple, la compagnie agro-industrielle brûle et fait des rangées de trous prêts à accueillir les plants de palme. Ces enfants eux viennent récupérer du bois de chauffe, avant que l’accès à la terre soit interdit. Et c’est là le fond du problème. C’est le droit à la terre qui est marchandisé dans ces prises de contrôle de la terre. Après pour les « sans terre » il faut survivre. Cet enfant et sa mère ramassent les épis de maïs trop petits pour être commercialisés par le finquero, propriétaire de ces champs de maïs. Cette communauté d’Aro Santa Maria n’a pas été forcée de manière explicite mais plutôt sous la pression, ils ont été obligés de vendre leurs terres à la Palme. Aujourd’hui, ils sont complètement encerclés et leur village est en voie de disparition. Une fois dépossédés de leur terre ou n’en n’ayant d’ailleurs jamais possédé, ces « mozos », comme on les appelle ou serres agricoles servent de main-d’œuvre bon marché pour ces compagnies agro-industrielles, lorsque la palme n’est pas encore trop haute, les propriétaires louent parfois à leurs ouvriers quelques bandes de terre pour y cultiver leur maïs. Il représente pour ces populations une base alimentaire très importante, sans laquelle elles peuvent basculer de la vie à la survie et à la famine. Miguel Asturias les a nommé « les hommes de maïs » et on ne mesure pas toujours la portée culturelle que représente la terre, et ici le maïs pour ces hommes. Des notions très enracinés, et comme ils le disent : « sans cette terre, ils n’ont plus rien, ils ne sont plus rien ».

Cette communauté elle-aussi expulsée, campe maintenant le long de leurs champs confisqués et ils vivent des derniers grains de leur récolte. Ce n’est pas seulement le droit d’accès à la terre, mais aussi le droit d’accès à l’eau qui est en jeu, car ces grandes plantations se débrouillent toujours pour s’implanter proche de sources d’eau. La conséquence, toujours la même, droit d’accès à l’eau interdit, il faut chercher plus loin, d’autant que ces monocultures intensives polluent très lourdement les sources d’eau. Amalia, elle, près de Chisec, est une paysanne maya traditionnelle et fière de l’être, elle continue de pratiquer le semis diversifié et elle ne compte pas céder ses 10 ha de terre à la Palme. Il n’y a pas de vie et l’extrême pauvreté qui sévit autour des grandes villes, comme ici à la capitale, est pour beaucoup issue de l’exode rural de ces « sans terres ».

La campagne électorale vient d’être lancée, Rigoberta Menchù, issue de la communauté maya, prix Nobel de la paix en 1992, représente l’alliance de la gauche et espère incarner l’espoir pour ces cohortes de déshérités. »

Rigoberta Menchù : « Ici, il y a 510 ans, un homme est venu et a décrété que par ordre d’un roi, toute cette terre lui appartenait, et personne n’a rien compris ni n’a pu s’opposer. 510 ans plus tard, un homme vient dans la vallée du Polochic et déclare que par ordre d’un juge, les terres lui appartiennent, et personne ne comprend ni ne peut s’opposer. »

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