huile de palme durable

ISPO ( Indonesia Sustainable Palm Oil ) : Une nouvelle certification rival de la RSPO, de plus en plus controversée.

( Source: thejakartapost.com, 9 septembre 2011 )

Le gouvernement Indonésien s’attache en ce moment à la conception d'une feuille de route pour le commerce durable de l’huile de palme. Elle devrait être terminée cette année. Son objectif est de renforcer l'exportation et d’améliorer la compétitivité des produits locaux au sein de la mondialisation. 

Le Haut secrétaire au Ministère du Commerce extérieur,Saleh Deddy, souhaite que cette feuille de route devienne une référence pour les divers intervenants dans le secteur élaeicole. Son vœu est d’atteindre, pour un maximum d’entreprises indonésiennes, les normes exigées par les marchés d'exportation.

Deddy ajoute que, maintenant, le défi est lié à la production, non seulement de biens de qualité, mais aussi de produits qui sont conformes aux exigences du commerce durable, respectant deux notions importantes : l’écologie et le social. Les entreprises concernées in situ doivent donc être socialement responsables des chaînes de production, d'approvisionnement et de distribution.

D’après lui, « un produit de qualité ne sera pas accepté par le marché si il ne remplit pas le cahier des charges concernant notamment les normes du travail. » Il revendique le fait que les normes en vigueur n’autorisent pas l’exploitation des travailleurs.

Il poursuit en citant une récente suspension d’achat d’agro-carburant à base d’huile de palme, par les grands acheteurs internationaux.

En 2010, plusieurs acheteurs internationaux d’huile de palme, notamment basés en Suisse comme Nestlé SA ou aux Etats-Unis (Burger King) ont suspendus leurs achats auprès de Sinar Mas Group, l'un des plus grands producteurs d'huile de palme d’Indonésie, en raison des préoccupations que l'entreprise eut en ce qui concerne l’atteinte aux forêts tropicales et aux tourbières, et cela en raison de l'expansion de ses plantations de palmiers à huile.

Selon le Ministre du Commerce à l’étranger, «notre huile de palme a été considéré comme non conforme aux normes environnementales. Les entreprises doivent prendre leurs responsabilités en faisant quelque chose pour se conformer aux exigences ». Il ajoute que la conformité est une question cruciale et que les barrières commerciales étant, dans la plupart des cas, dues aux soucis de conformité ou de respect des normes en vigueur.

L’Indonésie, le plus grand producteur mondial d'huile de palme, est en train de développer sa propre version d’une certification de la culture durable du palmier à huile (ISPO pour Indonesia Sustainable Palm Oil). L’objectif est de la rendre obligatoire dans toutes les plantations de palmiers à huile à travers le pays.

La certification ISPO comprend des mesures de très grande ampleur, tels que des licences de plantation, des plans de gestion, des techniques de culture particulières, une large dimension environnementale, une surveillance accrue et des responsabilités données aux employés et aux communautés indigènes.

Le plan a été déclenché l'an dernier par la Ministre de l'Agriculture Suswono et est considéré par beaucoup comme un rival à la RSPO basée à Kuala-Lumpur, qui, selon l'industrie indonésienne d'huile de palme, serait biaisé en faveur des pays acheteur et serait aussi bien trop coûteuse.

Pour répondre aux exigences internationales des acheteurs, le gouvernement lance également son propre système de certification du bois, qui est conforme à la réglementation sur les destinations d'exportation, tels que l'Union Européenne. Cette prise en main de l’Indonésie s’est mise en place après les dénonciations concernant la déforestation. Ce fléau a entravé les exportations de bois d’Indonésie pendant plusieurs années.

Les exportations ont été l'un des principaux moteurs de croissance de l’Indonésie, la première économie d'Asie du Sud. Au cours du premier et du deuxième trimestre de cette année, les exportations ont contribué pour, respectivement, 25,4% et 27,3% à l’augmentation du PIB indonésien, soit 1738 (144 millions d’€) et 1811 milliards (150 millions d’€) de roupies, selon l'Agence centrale des statistiques (BPS).

En savoir plus (articles en anglais):

- 20 plantations de palmiers à huile prennent part au projet pilote de l'ISPO : http://www.thejakartapost.com/news/2011/02/07/20-oil-palm-plantations-take-part-ispo-pilot-projects.html

- Besoin urgent de la mise en place de l'ISPO en complément à la certification RSPO: http://www.theedgemalaysia.com/features/182528-corporate-emergence-of-ispo-seen-as-complementary-to-rspo.html

Le boycott pur et simple [...] est une réponse trop simpliste

( Source: tracesdupanda.wwf.fr, juillet 2011 )

Mettons un point final à la conversion de forêts naturelles en plantation

Mettons un point final à la conversion de forêts naturelles en plantation

Les plantations de palmiers à huile couvrent déjà 13 millions d’hectares sur la planète, en grande partie sur l’île de Sumatra, en Indonésie. Or, l’expansion de ces plantations est la principale cause de déforestation dans l’archipel. Les si précieuses forêts tropicales de Sumatra abritent pourtant d’innombrables espèces dont la rafflésie, la plus grande fleur connue, mais aussi quelques 400 tigres, de rares rhinocéros, des éléphants et environ 6 000 orangs-outans. Ces populations sont aujourd’hui toutes fragilisées par la disparition de leur habitat. La destruction des forêts est également à l’origine de 70 % des gaz à effet de serre produits par l’Indonésie, 3ème pays émetteur au monde, et entraîne des déplacements de populations, facteurs de troubles sociaux.

Toutefois, le boycott pur et simple de l’huile de palme, qui entre dans la composition de tant de produits alimentaires, énergétiques ou cosmétiques, est une réponse trop simpliste. Il convient plutôt d’imposer des pratiques responsables aux opérateurs de la filière afin de protéger les forêts à haute valeur environnementale. Ainsi des millions d’hectares de terres dégradées sont disponibles et se prêteraient parfaitement à l’exploitation du palmier à huile. Et le développement économique de l’archipel indonésien ne serait en rien contrarié.

Le WWF a donc rejoint la « table ronde pour une huile de palme durable » (RSPO), une initiative réunissant producteurs, utilisateurs et représentants de la société civile, soucieux de mettre en place une filière respectueuse de l’environnement. Le label RSPO garantit notamment que l’huile de palme n’est pas issue de nouvelles zones déboisées. Toutefois, le WWF exerce une grande vigilance quant au respect des critères de certification et poursuit son action pour obtenir l’interdiction de la conversion des tourbières, ces sols acides qui, drainés et asséchés, émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Financeurs, producteurs, transformateurs, consommateurs, tous concernés !

Le WWF s’emploie aussi à promouvoir l’huile de palme certifiée RSPO qui représente déjà un pourcentage significatif des ventes mondiales. Le WWF analyse ainsi les politiques environnementales des importateurs-transformateurs européens, lesquels ont le pouvoir économique de faire évoluer les pratiques, l’Europe étant le troisième acheteur d’huile de palme, derrière la Chine et l’Inde. Il est d’ailleurs crucial que ces grands marchés adoptent à leur tour des normes durables. Le WWF étudie également les garanties environnementales que devraient exiger les investisseurs étrangers dont le rôle est loin d’être négligeable puisqu’ils financent environ un quart des projets de plantations.

Sur le terrain, le WWF-Indonésie lutte contre la déforestation illégale aux abords des Parcs Nationaux, promeut auprès des populations locales des activités alternatives à l’exploitation des ressources de la forêt, comme l’apiculture ou le tourisme durable, et développe des stratégies efficaces pour limiter les conflits hommes/éléphants.

Ainsi, en Malaisie comme à Sumatra, la dégradation des écosystèmes forestiers ralentit. Toutefois de nouveaux projets menacent déjà des massifs préservés à Bornéo et en Papouasie, en Indonésie, mais aussi en Afrique et en Amérique du Sud. Dès lors, chacun d’entre-nous doit agir pour la sauvegarde des forêts tropicales. D’abord en privilégiant une alimentation non transformée, biologique, locale et de saison. Ensuite en exigeant que l’huile de palme contenue dans les produits comme la margarine, le savon, le rouge à lèvres… provienne d’une filière durable et certifiée. Enfin, en soutenant le WWF. Vos dons nous sont essentiels pour mener nos combats en faveur de la préservation des forêts et des espèces.

Donnez votre avis ! (Argumenté)

Le WWF mis en cause par un documentaire accablant

( Source: Bastamag.netle 30 juin 2011 )

Dans un reportage diffusé le 22 juin sur la télévision publique allemande (ARD), le réalisateur Wilfried Huismann enquête sur les pratiques et les dessous du WWF. Sur la trace des 500 millions d’euros de dons annuels versés à la plus grande organisation mondiale de protection de l’environnement, le journaliste d’investigation se rend à Bornéo, en Indonésie, où le WWF prétend défendre l’orang-outan, une espèce menacée. Sur place, l’équipe découvre une réserve de 80 hectares où vivent deux orangs-outans, au cœur de 14.000 hectares de plantations de palmiers à huile auxquels l’ONG a décerné le label « production durable » (lire notre article sur l’agriculture en Indonésie).

Le documentaire revient également sur « le projet Tigre » mené par le WWF depuis 1974, en partenariat avec le gouvernement indien, pour la préservation du tigre du Bengale. Pour répondre aux exigences du WWF qui demandait une augmentation de 8% des zones protégées, le gouvernement indien a procédé, dès 2002, à l’expulsion de 100.000 autochtones. Un nombre qui pourrait atteindre un million de personnes dans les prochaines années, dénonce le documentaire.

Wilfried Huismann s’attache aussi à comprendre la participation du WWF à des « tables rondes » avec des entreprises de génie génétique comme le géant Monsanto, et avec la multinationale Wilmar, et la caution « éthique » décernée par le WWF à ces entreprises en assurant qu’elles produisent du soja et de l’huile de palme « durables ». Disponible uniquement en allemand pour le moment, le documentaire a d’ores et déjà généré de nombreuses polémiques outre-Rhin. En France, l’ONG présidée par la navigatrice Isabelle Autissier connaît une crise interne sans précédent.                         

Sophie Chapelle

Voir le film Der Pakt mit dem Panda :
- Partie 1
- Partie 2

À lire également :
- L’écolabel de WWF : développement vraiment durable ou simple greenwashing ?

Un groupe en faveur de la déforestation critique un géant de l'huile de palme relativement au pacte de durabilité

( Source: Rhett A. Butler, fr.mongabay.com, traduit par Noële Belluard-Blondel )

World Growth International, un groupe qui plaide en faveur des intérêts de l'exploitation forestière industrielle, a critiqué Golden Agri Resources (GAR), le plus gros producteur d'huile de palme d'Indonésie, pour avoir signé une politique forestière, laquelle non seulement vise à protéger les forêts à haute valeur de conservation et capables d'emmagasiner de manière importante le carbone mais requiert aussi un consentement libre, préalable et informé (CLPI) dans la collaboration avec des communautés potentiellement affectées par le développement de l'huile de palme.

Dans un bulletin d'information publié le 10 mars, World Growth International a affirmé que l'accord de GAR "pouvait gravement handicaper la croissance de la compagnie " en limitant les lieux d'établissement de nouvelles plantations et déclare que négocier avec de multiples partenaires «retardera et compliquera tout investissement de la compagnie." World Growth International conclue en laissant entendre que GAR peut revenir sur son engagement.


Composition d'une tourbière dans les basses terres de la Malaisie péninsulaire, à Bornéo et à Sumatra, d'après une étude publiée au début de cette année dans le journal
PNAS. Les largeurs de colonnes représentent les zones respectives de tourbières au sein des sous-régions (Malaisie péninsulaire; SW, Sarawak; SB, Sabah; WK, Kalimantan occidental; CK, Kalimantan central; SK, Kalimantan du Sud ; EK, Kalimantan oriental; AC, Aceh; NS, Sumatra du Nord ; RI, Riau; WS, Sumatra occidental; JB, Jambi; BK, Bengkulu; SS, Sumatra du Sud; LP, Lampung). World Growth International a vivement critiqué l'étude.

Mais Peter Heng, Directeur général de la Communication et de la Durabilité chez GAR, n'est pas d'accord avec l'évaluation de World Growth International.

"A ce stade, le coût additionnel de cette politique ne sera pas important," a-t-il dit à mongabay.com en réponse au courrier de World Growth International. "En nous basant sur un travail de terrain initial, nous pensons que la terre devant être définie comme capable d'emmagasiner de manière importante du carbone n'est pas significative car les concessions de GAR se trouvent sur des terres dégradées."

"Ce qui est important c'est l'impact positif que la Politique de Conservation des Forêts aura sur la protection des forêts, sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la perte de biodiversité ainsi que sur l'amélioration des moyens de subsistance des gens."

Les critiques émises par GAR sont remarquables car Alan Oxley, qui dirige World Growth International tout autant que l'entreprise de marketing, basée en Australie, ITS Global, a été payé l'année dernière par le groupe Sinar Mas, lequel contrôle GAR, pour émettre des doutes sur les plaintes environnementales déposées par Greenpeace qui avait fait campagne contre la filiale de GAR, à savoir PT Sinar Mas Agro Resources & Technology (PT SMART). Heng a déclaré à mongabay.com que GAR n'emploie pas Oxley.

Le bulletin d'information de World Growth International formule aussi d'autres affirmations discutables. Il y est dit que "les plantations de palme ne sont généralement pas adaptées aux tourbières", alors qu'en fait plus d'un million d'hectares de plantations d'huile de palme a été implanté dans des tourbières en Indonésie et en Malaisie. En fait, les tourbières sont souvent la cible des compagnies car acheter ces terres ne coûtent pas cher, étant donné le peu de concurrence de la part des communautés locales. De plus, les productions d'huile de palme sur des sols tourbeux peuvent concurrencer les sols minéraux pourvu que les plantations soient soigneusement développées et les niveaux d'eaux bien gérés.

World Growth a aussi affirmé que "dans le monde des ONG, le CLPI se réfère en général seulement aux peuples autochtones et non aux communautés locales." Cependant, de récentes plaintes concernant le CLPI auprès de la Table Ronde sur l'huile de palme durable se sont rapportées à des communautés locales à Bornéo en Indonésie, non à des groupes autochtones. Une plainte résolue la semaine dernière avait été, par exemple, déposée par une communauté— non une tribu de la forêt— dans le Kalimantan occidental. Dans le cadre de l'accord, PT Agro Wiratama, une filiale du groupe Musim Mas, devra rendre à cette communauté 1000 hectares sur les 9000 dont elle a la concession.

expansion of the oil palm estate across indonesia and malaysia, 1990-2008
L'industrie de l'huile de palme est en pleine expansion. Les prix sont à des niveaux presque record en raison de la hausse de la demande relativement à l'alimentation et aux combustibles. L'huile de palme est largement utilisée dans la fabrication d'aliments, de cosmétiques et de savons. Elle est aussi de plus en plus utilisée comme biocarburant.

Mais l'émergence de l'huile de palme comme poids lourd économique en Indonésie et en Malaisie a un coût. D'après certaines estimations, plus de la moitié de l'expansion de l'huile de palme s'est opérée depuis 1990 aux dépens des forêts, incitant les écologistes, inquiets des émissions de gaz à effet de serre et de la perte d'habitat de la faune en danger – parmi lesquels les orangs-outans, les éléphants pygmées, les rhinocéros et les tigres de Sumatra- à émettre de violentes critiques. Le développement des plantations d'huile de palme a aussi exacerbé les conflits sociaux dans certaines régions.

Certains industriels à présent répondent à ces problèmes. Une Table Ronde sur l'huile de palme durable (TRHPD) s'est constituée pour établir des critères afin de réduire les impacts sociaux et environnementaux de la production d'huile de palme.

Mais les affirmations contestables de World Growth International ne sont en rien nouvelles. Le groupe, qui se définit comme une organisation humanitaire mais fait cependant pression de manière systématique sur les politiques afin qu'elles favorisent les intérêts de l'exploitation forestière industrielle plutôt que ceux des communautés, a faussement déclaré que les plantations d'huile de palme capturent plus de carbone que les forêts tropicales et que la cause majeure de la déforestation en Asie est l'agriculture de subsistance plutôt que les activités menées par les entreprises. Dans deux de ses rapports, World Growth International a faussement imputé des points de vues à Frances Seymour, directrice générale du CIFOR, un institut de recherche en politique forestière. World Growth International a déclaré que Seymour avait reproché aux fermiers de subsistance l'augmentation de la déforestation lors d'une allocution à l'un des évènements du FAO en 2009, mais un examen de la retranscription de sa conversation n'étaye pas cette interprétation. Dans un entretien avec mongabay.com, Seymour a catégoriquement démenti l'idée que les pauvres soient essentiellement à blâmer pour l'actuelle déforestation.

Les rapports de World Growth International ont aussi raté d'importantes questions environnementales, dont les émissions provenant de la transformation des tourbières en plantations et la perte d'habitat pour des espèces menacées parmi lesquelles les orangs-outans et les tigres de Sumatra.

Ses positions— et sa conduite— ont engendré de nombreuses critiques. En décembre 2010, Agus Purnomo, le conseiller spécial en changements climatiques du Président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, a déclaré qu'Oxley dénaturait les objectifs du moratoire proposé par l'Indonésie sur les nouvelles concessions dans les zones de forêts primaires et les tourbières. En novembre dernier, le groupe dirigé par Wangari Maathai, la lauréate du Prix Nobel de la Paix 2004 pour sa campagne de plantation d'arbres en Afrique, a violemment critiqué Oxley de World Growth International pour avoir utilisé son nom et laissé sous-entendre qu'elle soutient la transformation à grande échelle des forêts tropicales en plantations industrielles. Et en octobre, un groupe d'éminents scientifiques a fustigé Oxley. Dans une lettre ouverte, les scientifiques assimilent World Growth International et ITS Global à des groupes porte-paroles pour les industries de l'huile de palme, du bois de construction et de la pâte à papier.

"Un nombre d'arguments clés de World Growth International, d'ITS Global et d'Alan Oxley, montrent d'importantes distorsions, représentations erronées ou mauvaises interprétations des faits," ont écrit les scientifiques sous l'égide de William F. Laurance, un chercheur à l'Université James Cook.

"Dans d'autres cas, les arguments qu'ils ont présentés équivalent à un «brouillage des pistes» conçu, nous le soutenons, pour défendre la crédibilité de sociétés qui selon nous les soutiennent financièrement, de manière directe ou indirecte. Ainsi donc, World Growth International et ITS Global devraient être traitées comme des groupes de lobbies ou des groupes partisans, non comme des groupes de réflexion indépendants, et leurs arguments devraient avoir un poids conséquent."

Toutefois, les plaintes n'ont pas arrêté World Growth International de continuer à envoyer par mail ses bulletins d'information et de publier des rapports critiquant les groupes environnementaux, et fait nouveau à présent, les compagnies d'huile de palme qui oeuvrent à la réduction de leurs impacts sur les forêts.

World Growth International n'a pas répondu à plusieurs demandes de commentaires de mongabay.com

L'huile de palme « durable » est une arnaque écologique

à l'intérieur d'une pépinière d'huile de palme (Amis de la Terre)

L'eurodéputé et les Amis de la Terre dénoncent, à travers le projet d'usine d'huile de palme à Port la Nouvelle, dans l'Aude, la supercherie de l'huile de palme « durable ».

Téléchargez le documentEn 2011, il n'est plus possible de dire que l'on ne sait pas. Cela fait des années que nous dénonçons les conséquences environnementales et sociales de la culture du palmier à huile. Les rapports s'accumulent.

En Indonésie et en Malaisie, les forêts tropicales, à la biodiversité exceptionnelle, ont fait place en quelques années à d'immenses monocultures de palmiers à huile.

Plus de 600 conflits opposent les entreprises de palmiers à huile aux communautés locales qui voient leurs forêts disparaître ou qui sont chassées de leurs terres.

C'est au prix de ce sacrifice que ces deux pays sont devenus les principaux producteurs mondiaux d'huile de palme. Pire, aujourd'hui, la culture du palmier à huile, l'une des plus rentables au monde, explose en Amérique du Sud et en Afrique.

Les entreprises agroalimentaires s'accaparent les terres pour les convertir à cette monoculture et les cas d'expulsion de paysans et de communautés autochtones se multiplient aux quatre coins de l'hémisphère Sud.

C'est pourtant dans ce contexte que la région Languedoc-Roussillon, propriétaire du port de Port-la-Nouvelle, dans l'Aude a décidé d'accueillir le groupe malaisien, Sime Darby, le plus grand producteur mondial d'huile de palme, pour construire une usine qui lui ouvrira en grand les portes du marché européen.

Le « durable » n'évite pas la déforestation

Pour faire taire les critiques, les arguments sont rodés : Sime Darby est une entreprise responsable et sa production sera bientôt intégralement certifiée « durable » selon les critères de la table ronde sur le palmier à huile durable. Une certification extrêmement controversée.

Il est, par exemple, possible d'utiliser dans les plantations de palmier à huile un pesticide neurotoxique, le paraquat, interdit en Europe. Logique, l'entreprise qui le commercialise, Syngenta, est membre de la Table Ronde sur le Palmier à Huile Durable. Surtout, cette certification ne garantit pas l'absence de déforestation.

Dans un nouveau rapport intitulé « Arnaque à l'huile de palme durable », les Amis de la Terre ont ainsi montré comment les entreprises PT Budidaya Agro Lestari et PT Sandika Nata Palma, deux filiales de Sime Darby en Indonésie, avaient rasé des forêts protégées sur plusieurs milliers d'hectares pour planter du palmier à huile.

Au Liberia, Sime Darby vient d'acquérir plus de 200 000 hectares dans un pays qui sort juste de la guerre civile et où les conflits fonciers sont nombreux. Déjà les plaintes s'accumulent pour dénoncer des conditions de travail indignes et des salaires dérisoires : 3 dollars par jour, complétés, pour les plus chanceux, par un sac de riz1. Est-ce cela de l'huile de palme durable ?

Dans l'agroalimentaire ou comme agrocarburant

Au-delà de la lutte contre l'implantation de cette usine, nous appelons à avoir un débat plus large sur les politiques qui ont conduit, depuis une dizaine d'années, à une hausse importante des importations d'huile de palme en Europe.

L'huile de palme est un ingrédient discret que l'on trouve dans de nombreux produits de consommation courante comme les biscuits, les pâtes à tartiner, les plats préparés, les lessives ou encore le rouge à lèvre.

Mais c'est surtout l'émergence du marché des agrocarburants qui explique l'explosion des importations de cette huile : entre 1999 et 2009, la consommation européenne d'huile végétale a doublé, passant d'environ 11 à 22 millions de tonnes.

Inexistants il y a dix ans, les agrocarburants absorbent aujourd'hui plus de 9 millions de tonnes d'huile végétale et constituent donc le principal moteur de cette hausse.

L'huile de palme peut être utilisée directement, en mélange, pour faire rouler les voitures ou voler les avions mais l'impact est surtout indirect : par un effet de vase communicant, les industriels de l'agroalimentaire qui ne trouvent plus d'huile de colza ou de tournesol, utilisées comme agrocarburants, importent davantage d'huile de palme.

Que l'usine de Port la Nouvelle ait une vocation à produire des agrocarburants ou de l'huile de palme alimentaire est donc un faux débat.

Concurrence aux agriculteurs européens

Le vrai enjeu est de réduire globalement notre consommation d'huile végétale, et en priorité nos besoins en carburants. La lutte contre le gaspillage énergétique et la relocalisation doivent devenir des priorités des politiques publiques pour qu'aucune usine d'huile de palme ne se construise, à Port la Nouvelle ou ailleurs.

Il est temps de porter un regard lucide sur les dérives de l'agro-business : loin de contribuer au développement économique, les importations croissantes d'huile de palme constituent un accaparement de l'espace écologique des pays du Sud par l'Europe et empêchent les communautés de répondre à leurs besoins vitaux comme celui de cultiver la terre pour se nourrir ou de vivre dans un environnement préservé.

Par ricochet, ces importations d'huile bon marché pénalisent les agriculteurs européens qui ne peuvent vivre dignement de leur travail. Et si l'avenir, dans l'Aude, était de miser sur la production locale et biologique d'huile d'olive pour l'alimentation plutôt que de construire des usines d'huile de palme ?

Photo : A l'intérieur d'une pépinière de palmier à huile, en Indonésie (Amis de la Terre).

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