Millenium

"Green" primé au Millenium Film Festival 2011 : Objectif d'Argent

( Source: Greenforyou.be, 21 juin 2011 )

A l’occasion de la projection du documentaire « Green », son réalisateur Patrick Rouxel nous a accordé un entretien. Il vient de recevoir prix du meilleur message du développement, offert par l'UNDP. Ce film tourné en Indonésie retrace l’histoire d’une femelle orang-outang dont la vie a changé suite à la déforestation. Rythmé par les sons de la nature, « Green » décrit l’utilisation du bois et des terres conquises : de la pâte à papier aux plantations de palmeraies.

Pouvez-vous nous dire ce qui vous guide dans la création de vos documentaires?

Ce que j’essaie de faire dans mes films, c’est de transmettre une émotion. Toute direction artistique dans la création, dans le choix des images et dans les enchainements est motivée par cette ambition de vouloir mener le spectateur à ressentir une émotion clé. C’est comme ça que je prends mes décisions. Est-ce la méthode forte ou douce ? Je pense que le message est assez doux avec Green, alors que c’est plus intense avec mon dernier film : Alma.

Toute la difficulté semble résider dans le ton…

Avec un texte, cela reste des mots, c’est supportable. Mise à l’écran, la même histoire a un tout autre poids. A la vision de certaines images, il y a beaucoup plus de gens qui ont une réaction de refus car ils n’ont pas envie de voir ou de savoir. Je ne pense pas que Green ait ce problème.
Alma est plus rude. Parfois il y a des choses auxquelles nous sommes tellement sensibles qu’il est délicat de communiquer de façon douce. Le tout est de trouver les images justes afin de faire passer la réalité au spectateur.

Quelle autonomie avez-vous dans la construction d’un film ?

Etant indépendant, je ne m’impose aucune restriction au montage quant à la longueur du film. J’assemble et ensuite j’accepte la durée : Green fait 48 minutes, le dernier film 65 minutes. Ce qui compte c’est de trouver la durée adéquate. J’estime que mes films sont rythmés naturellement. L’histoire de Green s’est écrite sur le terrain, c’est le fruit du hasard.

Vos tournages se font en solitaire. Est-ce un choix d’indépendance ou un besoin de liberté ?

Avec chaque tournage, je fais des voyages hallucinants. J’ai l’opportunité de vivre des histoires auxquelles peu de gens ont accès. Faire des documentaires en solitaire vient d’une réalité : j’ai commencé de réaliser des films à l’âge de 35 ans. Je n’allais pas être stagiaire ou assistant (rires). Je ne voulais pas non plus mettre toute une équipe en danger. Aujourd’hui avec l’équipement qui existe, il est possible de se lancer dans un projet personnel avec peu de moyens.

Affiche du documentaire GreenPour revenir à « Green », pouvez-vous nous expliquer l’histoire de ces éléphants enchainés?

Les éléphants ont un cycle avec des passages réguliers à des endroits ou ils reviennent chaque année. Avec la déforestation, leur territoire disparait et ils n’ont plus d’habitat. A la place, il y a maintenant des cultures, des villages. Les éléphants vont dans les plantations nouvelles et font des saccages. Cela créé des conflits entre les animaux et les hommes.
Des spécialistes en capture d’éléphants sont appelés. Ils essaient de les chasser pour qu’ils retournent en forêt, ou ils les attrapent par famille. Ils sont mis dans des refuges, des sanctuaires qui sont en fait des mouroirs pour éléphants. Les zoos n’en veulent plus (ils sont pleins déjà), les paysans non plus. Ils sont passés à l’âge du tracteur, ou des buffles. Il y a juste du tourisme local avec des ballades à dos d’éléphants ou des animations.

Aujourd’hui il est difficile de dissocier le bon grain de l’ivraie. Comment effectuez-vous vos choix de consommation ?

C’est juste une question de maturité individuelle au regard de ces paradoxes. À chaque achat, je me pose la question: « comment est-ce que cela a été fait, qu’est-ce qui se cache derrière ? » Plus je lis, plus je vois de films, plus je réalise qu’un grand nombre de produits que nous consommons sont douteux.
Ma solution est certainement dans le fait de consommer le moins possible dans un premier temps. Si un achat est nécessaire, je m’assure que cela reste en accord avec ma sensibilité, avec mes idéaux. En tant qu’individu, végétarien depuis 25 ans, il est difficile de croire que je vais changer le destin de l’humanité ou des animaux de la terre. J’essaie quand même parce c’est important pour mon esprit. Le tout est d’être en accord avec ses valeurs personnelles, essayer de tendre vers...

Déforestation en Indonésie - extrait du film Green

Photo © Patrick Rouxel

Le générique de fin semble interminable. Il liste les différentes causes et entreprises sources de la déforestation.

La quantité de noms d’entreprises est une façon d’illustrer le gigantisme de ces industries. Il aurait été plus facile de se limiter à 5 ou 10 noms. Je voulais montrer au public l’ampleur des dégâts. Il y a un nombre incroyable de marques qui utilisent de l’huile de palme dans l’alimentaire, les cosmétiques etc... En même temps, avant l’industrialisation, l’huile de palme était absente de l’alimentation, il y a donc des solutions et des choix à faire.

Pour conclure, une recommandation, un conseil ?

L'admirable livre « The Story of Stuff » par Annie Leonard.

Pour aller plus loin: les documentaires Green et Alma sont disponibles en streaming et en téléchargement légal. Voir aussi le film d'animation The Story of Stuff

Remise de l'Objectif d'Argent au Millenium Film Festival 2011

Remise de l'Objectif d'Argent au Millenium Film Festival (Photo © Yann Verbeke www.yannverbreke.com

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