Bénin

5 points clés :

  • Le marché local est composé à 83 % d’huile de palme produite de façon artisanale, le secteur industriel étant assez peu développé.
  • Le secteur artisanal, très peu mécanisé, produit tout de même 36 000 tonnes d'huile de palme de l'exploitation de 300 000 hectares de palmeraies « naturels ».
  • La production industrielle produit 10 000 tonnes environ, grâce à l'exploitation de 20 000 hectares de palmeraies détenues par des coopératives.
  • Aujourd’hui, le Bénin mise sur les petites palmeraies « sélectionnées » privées.
  • Fort pourcentage des femmes au travail d’où une persistance des procédés artisanaux manuels.


La filière huile de palme au Bénin, une histoire ancienne mais pas de véritable boom économique. 

1830-1848 : Développement des palmeraies : de la cueillette dans les palmeraies naturelles à la plantation de palmeraies artificielles. Demande croissante des pays Occidentaux pour leurs savonneries.

1920-1930 : Véritable « âge d'or », la surface dédiée à la palme africaine est estimée à 500 000 hectares (FOURNIER S. et al., 2000).

1951-1953 : L'administration coloniale française met en place un programme de plantation industrielle de variétés améliorées qui reste toutefois modeste. Quatre usines sont mises en route.

1960 : La France cède l’indépendance au Dahomey et quelques mois après, le pays entre aux Nations-Unies.

1960-1974 : 27 000 hectares de palmiers sélectionnés sont plantés. La constitution des blocs de plantation entraîne l'expropriation de 17 000 paysans (FOURNIER S. et al., 2000).

Les quatre premières usines étant devenues obsolètes, trois nouvelles usines de même capacité sont construites entre 1971 et 1975. Ces sept usines cohabitent quelques temps, mais les quatre premières ferment peu à peu, la dernière ayant cessé toute activité en 1981.

Parallèlement à cette industrialisation et en dépit de certaines tentatives des organismes béninois de développement rural pour diffuser du matériel de transformation, l'extraction de l'huile des fruits de la palmeraie naturelle se fait selon des procédés artisanaux qui restent entièrement manuels. Jusque dans les années 70 cependant, l'huile de palme béninoise reste concurrentielle sur les marchés internationaux, et les produits du palmier figurent parmi les premières recettes d'exportation béninoises.

1975 : Le Dahomey devient République populaire du Bénin. Le Bénin exporte plus de 60 % de sa production (FOURNIER S. et al., 2000).

- la production des 500 000 hectares de palmiers naturels peut être estimée à 56 000 tonnes d'huile, auxquelles s'ajoutent 15 000 tonnes produites en usine à partir des 30 000 hectares de palmiers sélectionnés.

- la consommation intérieure, avec une population d'environ 3 millions d'habitants à l'époque, peut être évaluée à 27 000 tonnes.

1975 à aujourd’hui : La filière huile de palme béninoise est confrontée à un certain nombre de problèmes. Des 500 000 hectares de palmeraie naturelle de 1975, il ne reste que 300 000 hectares à la fin du siècle. La situation s’aggrave : par exemple, la production des coopératives du département de l'Atlantique a été divisée par quatre entre 1975 et 1989 (FOURNIER S. et al., 2000).

De plus, le vieillissement des installations de la SONICOG (SOciété Nationale pour l’Industrie des Corps Gras) provoque des pannes de plus en plus fréquentes, surtout dans les années récentes. L'incapacité des usines à traiter la totalité des régimes que leur apportent les coopérateurs devient flagrante au cours des années 90.

Le gouvernement béninois décide alors la privatisation de ces trois usines, qui s'achèvera en 1998.

evolution-production-et-surface-hdp.jpg 

Les palmeraies naturelles et "cultivées" se situent en majorité dans la partie sud du Bénin.

carte-des-zones-propices-au-palmier-wrm-1.jpg

Zones de répartition des plantations de palmiers à huile au Bénin (Source: World Rainforest Movement)

Une exploitation des palmiers à huile majoritairement artisanale. Les femmes ont une très grande importance. 

Le marché béninois de l'huile de palme est donc dans son ensemble un marché d'autoconsommation. L'huile de palme exportée l'est par la SONICOG dans sa majeure partie, et le marché local est donc couvert de la façon suivante:

  • 83 % vient de la production artisanale.
  • 10 % des importations (huile de palme raffinée).
  • 7 % de la production industrielle.
 

Si la palmeraie naturelle est délaissée et si la palmeraie industrielle rencontre des problèmes, une dynamique nouvelle s'est instaurée dans les années récentes autour d'un troisième type de plantations : les petites palmeraies « sélectionnées » privées.

L'État s'était désintéressé des grands complexes industriels, devant la baisse des rendements et les problèmes de gestion, et avait préféré investir ses efforts dans la filière coton, mais il refait confiance au palmier à partir de 1995, en misant cette fois sur les petites exploitations privées.

En 1995, on peut estimer cette palmeraie sélectionnée « privée » à 1 000 hectares environ (FOURNIER S. et al., 2000). Le gouvernement décide d’investir dans cette voie, il met en place notamment de nouveaux pépiniéristes agréés. L'objectif du projet est de pouvoir fournir un très grand nombre de plants sélectionnés afin de redynamiser les plantations artisanales. Sur les trois premières années du projet (1996 à 1998), près de 600 000 plants sont effectivement fournis par l'ensemble des pépinières privées (FOURNIER S. et al., 2000).

Les superficies plantées en palmiers sélectionnés par ces nouveaux petits propriétaires fonciers restent souvent modestes mais présentent une très grande variabilité : une enquête de FOURNIER S. et al. réalisée dans la région de l'Ouémé en 1999 fait apparaître « une moyenne d'environ 20 hectares par planteur, mais avec un écart type très fort (49,6 ha), les superficies allant de 1 à 283 hectares ».

Sur le plan de la transformation, ces nouveaux petits planteurs ont deux possibilités : vendre leur production aux artisans ou bien la transformer eux-mêmes. D'après l‘enquête de FOURNIER S. et al., « 28 % d'entre eux transforment toute leur production, 47 % la vendent intégralement et les 25 % restants en transforment une partie et vendent le reste. Plus d'un planteur sur deux s'intéresse donc à la transformation, et cette proportion est en augmentation » (FOURNIER S. et al., 2000).

"La situation n'est pas figée" mais l'innovation et l'artisanat sont-ils incompatibles ?

La forte densité de transformatrices a permis une amélioration des procédés artisanaux : elle a favorisé les processus d'imitation. Ne disposant pas de grandes quantités de matière première, ces transformatrices artisanales ont alors cherché à minimiser leurs coûts de production plutôt que d'accroître leur productivité. Le procédé artisanal « traditionnel » d'extraction d'huile de palme au Bénin consistait à égrapper les fruits dès le lendemain de la récolte, à les cuire dans un fût rempli d'eau deux ou trois jours après, à les piler dans un mortier, et à les presser à la main après avoir séparé les fibres et les noix. Cette technique n'est plus utilisée telle quelle. De nombreuses innovations y ont été apportées (Pour plus d’information, cf. FOURNIER S. et al., 2000).

Différents facteurs ont conduis a la situation actuelle : le manque de volonté politique, les problèmes de gestion et l’aggravation du déficit hydrique ont entravé le développement de la palmeraie industrielle.

D’après FOURNIER S. et al., « la situation n'est pas figée pour autant. Si les expériences d'introduction par les ONG de matériel mécanisé de transformation auprès des artisanes sont restées jusqu'ici dans l'ensemble infructueuses, le projet de reconversion de la palmeraie paysanne [...] peut faire évoluer la filière. En effet, si le surplus de matière première qu'il va engendrer doit rester modeste, il va en revanche augmenter significativement le nombre de petits planteurs. Or, ceux-ci comprennent de plus en plus leur intérêt à transformer eux-mêmes leur production, et ils sont souvent plus enclins que les artisanes à utiliser des procédés semi-mécanisés. Ils sont donc en train d'introduire ce type de matériel en zones rurales, où il était encore inconnu il y a quelques années. Ce matériel commence à être reproduit et vendu à moindre prix par les soudeurs locaux. On peut donc s'attendre à une diffusion plus élargie ». 

 

Sources bibliographiques

  • AFRICAMAAT. 2007. Les effets économiques et politiques de la zone CFA. [En ligne] Disponible sur : <www.africamaat.com/Les-effets-ecomoniques-et>
  • RFI. 2010. Du Dahomey au Bénin en quelques dates-clés. [En ligne] Disponible sur : www.rfi.fr/afrique/20100731-dahomey-benin-quelques-dates-cle>
  • FOURNIER S., I. ADJE, A. OKOUNLOLA-BIAOU. 2000. Filière huile de palme au Bénin : une dynamique essentiellement artisanaleOCL. Oléagineux corps gras lipides, 7 (2) : 175-181.

1 vote. Moyenne 2.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site