Libéria

( Source: forestpeoples.org, 23 avril 2012)

Liberia : le développement de l’agro-industrie menace les forêts et les moyens de subsistance des communautés locales. 

Le développement de l’agro-industrie en Afrique représente une grave menace pour les forêts et les moyens de subsistance des peuples africains. Là où la gouvernance est faible et où les droits des communautés locales et des peuples autochtones sont incertains, le développement agricole se fait au détriment de la population locale. 


La prise de conscience des répercussions sociales et écologiques du développement de l’agro-industrie en Asie du Sud-Est a mené à de nouvelles normes pour une croissance acceptable de l’huile de palme. La Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO), un processus de certification volontaire de tierces parties, a adopté une série de principes et critères en grande partie cohérents avec une approche fondée sur les droits, et cherche à éloigner le développement de l’huile de palme des forêts primaires et des zones critiques à haute valeur de conservation (HCV), tout en interdisant la prise de contrôle des terres coutumières sans le consentement libre, préalable et éclairé (FPIC) des communautés. Le respect de la norme de la RSPO s’impose de plus en plus comme une exigence pour pouvoir accéder au marché européen, et les grands conglomérats producteurs d’huile de palme qui cherchent à préserver leur part de marché adhèrent désormais à la RSPO.

Début septembre 2011, une conférence de presse tenue par les communautés locales à Grand Cape Mount, au Liberia, a dénoncé la prise de contrôle et la destruction des terres de ces communautés pour le développement de l’huile de palme par le conglomérat malaisien Sime Darby. Les communautés locales ont déposé une plainte formelle auprès de la RSPO à travers le Forest Peoples Programme et le représentant juridique qu’elles ont désigné, Green Advocates. En réponse, Sime Darby a gelé ses activités dans la zone contestée et, à travers le secrétariat de la RSPO, a accepté d’entamer des négociations bilatérales avec les communautés afin de résoudre les différends.

En décembre 2011, le Forest Peoples Programme a organisé la première réunion entre les communautés locales et des dirigeants de Sime Darby de Malaisie et du Liberia, afin d’examiner les solutions possibles à ces conflits. La réunion bilatérale a permis d’accomplir des progrès importants pour convenir d’un processus de résolution du différend foncier. Néanmoins, peu après cette réunion, les négociations entre les communautés et Sime Darby se sont interrompues, le gouvernement du Liberia ayant insisté pour que les communautés traitent directement avec lui et non pas avec l’entreprise.

Le 2 janvier 2012, la Présidente du Liberia et plusieurs Ministres se sont rendus à Grand Cape Mount afin d’y rencontrer les communautés, et ont informé ces dernières qu’il était de leur devoir de ne pas faire obstacle à Sime Darby et qu’elles ne devaient pas se laisser tromper pas les organisations de la société civile. Les communautés ont néanmoins présenté 14 points auxquels elles exigent qu’une solution soit apportée. L’avocat des communautés, Alfred Brownell, de Green Advocates, a expliqué la situation à la Présidente, qui a semblé affirmer que le gouvernement n’avait pas autorisé le défrichement des terres des communautés pour le développement de l’huile de palme. La Présidente a ensuite mis sur pied un comité interministériel dirigé par le Ministre des affaires intérieures afin de résoudre ces problèmes au moyen de trois sous-comités traitant des indemnisations, de l’eau et de la terre. Le gouvernement a réitéré que les négociations entre Sime Darby et les communautés ne pouvaient se poursuivre, mais que toute négociation devait avoir lieu entre les communautés et le gouvernement.

Entre-temps, une lettre prétendument écrite par Sekou Belloe, l’un des signataires de la plainte des communautés à l’attention de la RSPO, a été envoyée à la RSPO pour retirer la plainte des communautés contre Sime Darby. Par la suite, le travail mené au Liberia en février 2012 par le FPP a établi que cette lettre n’avait pas été rédigée par les communautés et qu’elles ne l’avaient pas autorisée.

Début février 2012, le personnel du FPP est retourné au Liberia afin d’aider les communautés à poursuivre le processus de la RSPO et à s’assurer que Sime Darby réponde à leurs plaintes. Le personnel du FPP s’est rendu dans les communautés et a découvert que leur environnement de forêts et de fermes avait été entièrement détruit par les bulldozers de Sime Darby afin d’y planter des palmiers à huile clonés de Malaisie. L’indemnisation versée pour avoir détruit les cultures des communautés (aucune compensation ne fut versée pour avoir pris leur terre) fut dérisoire, voire même jamais versée. Un membre de la communauté a déclaré :

« Je possédais 334 arbres, mais n’ai reçu d’indemnisation que pour 134 arbres. On m’a dit que si je n’acceptais pas cela, je n’obtiendrais rien. Je n’avais pas le choix. Ils n’ont pas demandé la permission de prendre la terre. Ils ne versaient de l’argent par hectare qu’aux personnes qui possédaient des actes pour leur terre. Sime Darby a dit « le gouvernement nous a donné le pouvoir de faire cela ». Si nous avions eu le pouvoir de résister, nous ne les aurions pas laissés s’emparer de la terre ».

La population locale avait été trompée quant à l’ampleur des destructions qui auraient lieu, et on lui avait également fait croire qu’une plantation de palmier à huile serait établie mais que les habitants garderaient leurs fermes. Il n’y eut aucune possibilité de s’opposer au processus : il s’agissait d’accepter l’indemnisation et de voir sa terre se faire détruire, ou de ne pas accepter l’indemnisation et de voir sa terre se faire détruire.

Le FPP a tenté d’aider à sortir de cette impasse en tenant des réunions avec Sime Darby, des ministres du gouvernement du Liberia, des organisations de soutien aux communautés telles que Green Advocates et le Sustainable Development Institute (SDI, Liberia), ainsi qu’avec les communautés. Suite à ces réunions, à des réunions parallèles entre le Directeur du FPP et le personnel de Sime Darby en Malaisie, à un article d’opinion par Silas Siakor du SDI dans le New York Times, et à des négociations par Alfred Brownell de Green Advocates, des changements significatifs sont en cours, en particulier au niveau de la gestion de la situation par le gouvernement.

La Commission foncière du Liberia a désormais remplacé le Ministère des affaires intérieures dans la gestion de ces questions pour le compte du gouvernement. La Commission foncière a non seulement promis qu’elle s’assurerait que les terres des communautés dont les terres ont été saisies à Grand Cape Mount seraient démarquées et que leurs questions foncières seraient résolues, mais elle a également annoncé un changement majeur de la façon dont elle traitera des projets de développement de l’huile de palme au Liberia. Un gel des concessions futures aura lieu, et la Commission tentera de régulariser les terres « tribales » dans la zone de la concession accordée à Sime Darby, avant que l’entreprise ne s’étende davantage, et de résoudre les questions foncières en faveur des communautés dans la zone contestée de Grand Cape Mount. Si une telle approche est suivie, les plaintes des communautés et de leurs partenaires de la société civile auront véritablement été entendues et donné lieu à des actions concrètes. Tant l’entreprise que les communautés ont demandé au FPP de les aider à poursuivre le dialogue entre eux, si cela est nécessaire.

( Source: agritrade.cta.int, août 2011 )

Le Malaisien Sime Darby investit dans l’huile de palme au Libéria

 

En 2009, le malaisien Sime Darby a signé un accord de concession sur 220 000 hectares pour une durée de 63 ans avec le gouvernement du Liberia pour développer les plantations d’huile de palme et de caoutchouc à Grande Cape, Mount, Gbarpolu, Bong et Bomi. L’entreprise prévoit d’investir 3,1 milliards de $US sur les 15 prochaines années.

Sur les 11 premières années, Sime Darby Plantation Liberia prévoit de mettre en valeur environ 120 000 hectares. La totalité de la concession devrait être mise en œuvre en 2030 et créer 35 000 emplois.

La première goutte d’huile de palme est attendue pour 2014 avec une production estimée à 
10 800 tonnes en 2015. La première huilerie devrait être construite en 2013 avec au total l’édification de 20 huileries (une par 15 000 hectares), qui seront suivies de raffineries.

Environ 90 % de la production d’huile de palme brute sera destinée à l’exportation.

Sime Darby, un des leaders mondiaux de l’huile de palme, produit 2,4 millions de tonnes d’huile de palme brute, dont 1 million de tonnes sont certifiées durables. Le projet au Liberia est le troisième en taille de superficie du groupe après les plantations en Malaisie et en Indonésie.

C’est la première incursion du malaisien Sime Darby en Afrique avec un projet dès le départ d’envergure en termes de superficies de plantations. Et, selon l’entreprise, ce n’est qu’un début. En février 2011, le président du groupe, Mohd Bakke Salleh, a annoncé que Sime Darby avait identifié 300 000 hectares de terre au Cameroun pour investir 6 milliards de ringgits (près de 2 milliards de $US) dans des plantations d’huile de palme. Le groupe espère finaliser un accord dans les cinq prochaines années.

Commentaire éditorial

L’Europe est un importateur net d’oléagineux et sa politique énergétique devrait l’amener à importer plus d’huile de palme. L’Europe devrait multiplier par près de deux sa consommation de biodiesel entre 2010 et 2020. Globalement, la demande mondiale d’huile d’oléagineux, soutenue surtout par les pays émergents, Chine et Inde, devrait croître de 30 % entre 2010 et 2019 selon les perspectives agricoles de la FAO et de l’OCDE.

L’attrait des investisseurs étrangers, et notamment asiatiques, pour le continent africain dans la production d’huile de palme est de plus en plus marqué. Le premier investissement asiatique a été réalisé par la société conjointe singapourienne Naru Investment (Wilmar et Olam) en Côte d’Ivoire en 2007. Depuis Wilmar a racheté les plantations d’Unilever au Ghana et a créé une société conjointe avec le britannique PZ Cussons PLC pour construire une raffinerie d’huile de palme au Nigeria tandis qu’Olam a investit au Gabon. Au Liberia sont également présents l’indonésien Golden Agri Resources et le britannique Equatorial Palm Oil. L’américain Herakles Farms a annoncé mi-juin qu’il allait investir au Cameroun et au Ghana dans de l’huile de palme durable, certifiée RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil, Table ronde sur l’huile de palme durable).

À moyen terme, l’Afrique, après avoir été un exportateur majeur dans les années 50-60, devrait monter en puissance dans la production d’huile de palme pour alimenter le marché local et régional et pour l’exportation. La consommation d’oléagineux en Afrique est inférieure de plus de la moitié à la moyenne mondiale et l’Afrique a importé environ 4 millions de tonnes d’huile de palme en 2009.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×