Pourquoi le secteur de l'huile de palme en Afrique doit-il perdurer ?

Importance de l'huile de palme en Afrique

Ces controverses ont conduit de nombreuses institutions de développement à revoir leur position sur le financement de ce secteur. Après avoir injecté près d'un milliard de dollars depuis 1965, la Société financière internationale (SFI) a décidé de surseoir à toutes ses opérations en déclarant, en septembre 2009, un moratoire mondial sur le financement de l'huile de palme. Un processus de consultation de l'ensemble des acteurs du secteur (bailleurs, ONG, industriels, etc.) visant à redéfinir son cadre d'intervention sectoriel a été lancé. Ses conclusions sont attendues prochainement.  

La communauté des institutions de développement a emboité le pas à la SFI en Asie du Sud-est. Sans y avoir totalement stoppé ses interventions, elle a de plus adopté une attitude très prudente dans le reste du monde, notamment en Afrique.

Cependant, si ces controverses concernent avant tout l'Asie du Sud-est, principal centre de production et d'exportation n'ayant pas su maîtriser la croissance du secteur, la réalité africaine est bien différente. Freiner les investissements sur ce continent ne ferait qu'entraver un développement nécessaire qui peut se faire dans des conditions satisfaisantes.

 Alors que l'Afrique était leader de l'offre mondiale d'huile de palme dans l'entre-deux-guerres, elle ne représente aujourd'hui que 5,6 % de sa production, partagée entre le Nigeria (54,7 %) et une douzaine d'autres pays. Son poids dans les exportations est encore plus faible : environ 1 %.

La production africaine d'oléagineux est très inférieure à la consommation locale. Ainsi, dans l'ensemble des 16 pays de la Cedeao5, le déficit est estimé actuellement à 500 000 tonnes. Comblé par les importations provenant des pays asiatiques, ce déficit atteindra 1,5 million de tonnes en 2020. Or, les oléagineux, essentiellement les huiles végétales, entrent pour 15 % dans la ration alimentaire des populations africaines qui atteint en moyenne, selon l'analyse d'Agrimonde, 1 800 kcal par personne et par jour.

Dans cette perspective, l'huile de palme mérite une attention particulière, d'autant plus que, au-delà de sa prédominance sur le marché mondial des huiles végétales, elle est en moyenne 30 % moins chère que les huiles concurrentes (tableau 1).

Tableau 1 : Moyenne annuelle du prix des principales huiles en dollars/tonne.

 

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

Huile de palme

443

471

422

478

780

948

682

Huile de soja

553

616

544

598

881

1258

848

Huile d’arachide

1243

1161

1060

970

1347

2105

1138

Huile de tournesol

593

684

677

658

1021

1498

854

 

Une gestion durable du secteur de l'huile de palme peut avoir de très forts impacts sur le développement de l'Afrique.

Compte tenu de son importance dans le régime alimentaire de certains pays d'Afrique, du déficit de production locale et de son faible coût, le développement des filières oléagineux et notamment de l'huile de palme est un impératif de sécurité alimentaire.

C'est, en outre, une opportunité de développement si des stratégies durables sont mises en œuvre.

Au niveau macroéconomique, la substitution d'importations par une production locale permet de créer de la valeur ajoutée et de réduire le déséquilibre de la balance commerciale.

Au niveau local, l'huile de palme contribue également à la création de revenus et d'emplois au sein du monde rural où réside une partie importante des populations pauvres, permettant ainsi de limiter l'exode rural en offrant des perspectives de long terme. Le cas spécifique des petits planteurs villageois est à ce titre très intéressant. En complément des plantations industrielles, des plantations familiales, situées à proximité des usines et encadrées par les entreprises agro-industrielles avec lesquelles elles peuvent être liées par des contrats, assurent dans certains pays une part importante de la production (80 % au Nigeria et 65 % en Côte-d'Ivoire). La contractualisation entre les plantations villageoises et les industriels présente de multiples avantages : accès au crédit, accès à des intrants de qualité, conseils techniques et prévisibilité de revenus. D'une façon générale, des contrats équilibrés entre planteurs villageois et partenaires industriels assurent aux planteurs des revenus plus élevés que le revenu journalier agricole moyen et permettent aux industriels de sécuriser un approvisionnement régulier pour leurs usines. Enfin, ces relations contractuelles peuvent contribuer à l'équipement des zones rurales concernées. Les producteurs industriels prennent souvent à leur charge la construction ou la rénovation d'infrastructures (pistes, électrification) mais aussi la fourniture de services sociaux (dispensaires, écoles, campagnes de prévention contre le sida) que l'État n'assure pas toujours.

L'impact environnemental du développement de la production d'huile de palme semble pouvoir être mieux maîtrisé en Afrique. En effet, ce développement peut se faire par la réhabilitation et la modernisation de très nombreuses plantations existantes ainsi que par la mise en valeur de terres arables non couvertes par les forêts primaires. Le remplacement, par des clones plus productifs, de plantations établies depuis plusieurs dizaines d'années et dont les rendements sont décroissants permet d'améliorer la production sans déforestation ni perte de biodiversité. Par ailleurs, dans la plupart des plantations africaines, industrielles comme villageoises, les performances techniques et économiques sont aujourd'hui inférieures à celles des pays asiatiques. Cela est notamment dû à l'âge des plantations et aux mauvaises pratiques d'entretien et d'exploitation des palmiers. La marge de progrès est donc très importante et la mise en place de programmes agronomiques adaptés permet d'envisager une augmentation de production pouvant atteindre 10 à 20 % sans impact sur l'environnement.

Bien entendu, dès lors que des institutions de développement soutiennent le développement de cette filière en Afrique, elles doivent s'assurer de la mise en œuvre de plans d'actions conformes aux meilleures pratiques et standards internationaux. En 2004, une partie de l'industrie de l'huile de palme s'est organisée en association (la RSPO) pour établir des principes et critères de production durable qui interdisent notamment de nouvelles plantations sur les terres abritant des forêts à haute valeur de conservation. En 2008, la SFI a adopté des standards encore plus contraignants.

Pour le groupe AFD, les points critiques d'éligibilité d'un projet concernent principalement :

– la responsabilité sociale des producteurs vis-à-vis de leurs employés, y compris ceux embauchés par des sous-traitants. Une attention particulière est notamment apportée à la rémunération, la qualité des logements, la scolarisation des enfants résidant sur les plantations, la santé du personnel, le régime de retraite, etc. ;

– les conditions d'acquisition ou de location des terres et, dès lors que celles-ci relèvent d'une gestion communautaire, la nature des compensations accordées à ces communautés (loyers, infrastructures, etc.) ;

– la responsabilité des producteurs industriels vis-à-vis des agriculteurs liés par contrats d'approvisionnement (prix d'achat des régimes, prix des prestations d'appui technique, prix des intrants, etc.) ;

– le plan de gestion environnemental des plantations industrielles comme villageoises en termes de préservation ou restauration des corridors de biodiversité, de contrôle des contaminations des cours d'eau par les résidus de produits phytosanitaires ou d'engrais et les effluents des usines, d'économie d'énergie, etc.

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