Présentation générale

La culture du palmier à huile est présente dans 23 pays d'Afrique, majoritairement située entre les deux Tropiques: Angola, Bénin, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Équatoriale, Liberia, Madagascar, Nigeria, Ouganda, République Centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, São Tomé e Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Tanzanie, Togo

Où se situe l'élaeiculture en Afrique?

 

Sommaire:

- Un peu d'histoire

- Méthodes de production

- Superficie des palmeraies

- Entreprises concernées par la production de combustible

- Les agrocarburants attisent les convoitises sur les terres agricoles

Un peu d'histoire

Là où il croît naturellement, le palmier à huile apporte depuis des siècles aux populations locales de nombreux avantages : de l’huile de palme, des sauces, du savon, du vin, des engrais (cendres), des toitures (feuilles), des matériaux de construction (troncs), des médicaments (racines). Aujourd’hui encore, tous ces usages traditionnels du palmier à huile représentent une partie importante de la culture africaine dans les pays où croît le palmier.

 

Quand les puissances européennes envahirent le continent lors de la colonisation, elles comprirent tout de suite qu’elles pouvaient tirer profit du commerce de noyaux et d’huile de palme, obtenus d’abord dans les palmeraies naturelles, puis dans de grandes plantations, grâce au travail forcé ou en situation d’esclavage et à l’appropriation des terres des communautés.

Le système des plantations dans les terres communales fut renforcé après l’indépendance; il s’agissait maintenant d’entreprises étatiques accompagnées de grandes usines de traitement industriel. Les politiques d’ajustement structurel imposées aux gouvernements africains par la Banque mondiale et la SFI (Société Financière Internationale) dans les années 90 aboutirent à la privatisation de la plupart de ces complexes industriels et à la reprise du contrôle de la production d’huile de palme par des sociétés étrangères.

 

Tout au long du processus que nous venons de résumer, le système traditionnel, qui consiste à récolter les fruits dans les palmeraies naturelles ou semi-naturelles et à les transformer en huile de palme par des procédés manuels, réussit à coexister avec les différents systèmes centralisés mis en place par les gouvernements et les entreprises. Depuis quelques années, l’expansion des plantations industrielles a un autre objectif que la production d’huile comestible : celui de produire des agrocombustibles, sous la direction d’un grand nombre de transnationales qui souhaitent investir dans la région.

Méthodes de production

Bien qu’on puisse trouver beaucoup de différences dans les méthodes de production de l’huile de palme, d’un pays à l’autre mais aussi dans chaque pays, il est possible de les regrouper en deux catégories générales : la production traditionnelle et la production industrielle.

Le système traditionnel

Dans le système traditionnel, les palmiers font partie du paysage productif. Dans bien des cas, les palmeraies naturelles sont le résultat d’un aménagement de longue date, où des zones boisées ont été défrichées pour l’agriculture mais en préservant de nombreux palmiers bien espacés entre eux, de manière à maintenir les deux types de production. Dans d’autres cas, on a planté des palmeraies communales ou familiales dans le cadre de systèmes agroforestiers. Les fruits du palmier sont cueillis, puis transformés localement en huile de palme rouge. Dans certains cas, le processus est entièrement manuel ; dans d’autres, on utilise des appareils de pressage mécanique que l’on fait fonctionner à la main. Les noyaux sont transformés en savon ou en d’autres produits, tandis que la sève est extraite (aussi bien des palmiers en pied que des palmiers abattus) pour la production de vin de palme.

Le système industriel

Le système industriel est basé sur des plantations en régime de monoculture, où la terre ne produit que des fruits de palmier pour l’industrie. Bien qu’il y ait quelques différences entre les systèmes coloniaux et postcoloniaux, les procédés sont essentiellement les mêmes. Dans la plupart des cas, on prend les terres des communautés locales avec peu ou pas de compensation ; des écosystèmes riches en diversité biologique (surtout des forêts) sont détruits et remplacés par de grandes plantations de palmiers ; le travail qui, à l’époque coloniale, était forcé ou en régime d’esclavage, est sous-payé ou proche de l’esclavage dans le système moderne. Ce dernier est encore pire que l’ancien car il consiste en l’assèchement de grandes étendues et l’emploi généralisé de produits chimiques, deux choses qui portent atteinte aux réserves d’eau locales. Dans beaucoup de cas, les plantations étatiques ou privées sont complétées par de petites plantations associées, le plus souvent en application d’un système contractuel par lequel les petits propriétaires conviennent de vendre leur production à l’usine de traitement de l’entreprise. La transformation des fruits en huile de palme et autres produits secondaires se centralise dans de grandes usines industrielles mécanisées. La population locale estime en général que l’huile ainsi produite est de moindre qualité que celle qu’on obtient de manière traditionnelle.

Superficie des palmeraies

Il est très difficile de trouver des renseignements fiables sur la superficie que couvrent les palmiers à huile en Afrique, et ce pour de nombreuses raisons :

1) Il est difficile de distinguer les zones boisées qui comptent des palmiers à huile parmi d’autres espèces, des palmeraies naturelles où les palmiers sont la seule ou la principale espèce.

2) Il est difficile de distinguer les « palmeraies sauvages » de celles, naturelles ou plantées, qui font partie des pratiques agricoles des communautés locales depuis des siècles.

3) Il est difficile de classer les palmeraies parmi les plantations familiales, dont les fruits sont vendus ou non à une usine de traitement, ou parmi les plantations en sous-traitance liées par contrat à une plantation industrielle.

4) Il existe des plantations industrielles abandonnées qui sont utilisées par les communautés locales comme s’il s’agissait de palmeraies naturelles.

5) Il n’existe pas d’inventaires actualisés des palmeraies naturelles, artisanales et industrielles.

Par conséquent, le tableau suivant ne donne qu’une idée très générale de la surface que couvrent les palmiers à huile dans les vingt-trois pays.

PAYS

Palmeraies naturelles et plantations traditionnelles (en hectare)

Plantations industrielles (en hectare)

Part des plantations industrielles par rapport au total des plantations

Bénin

300 000

20 000

6%

Cameroun

25 000

76 500

75%

Côte d’Ivoire

140 000

88 000

38%

République centrafrique

18 000

1 000

5%

Sierra Leone

32 000

18 000

36%

Togo

600 000

2 000

0,3%

 

Les entreprises concernées par la production de combustibles

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Les agrocarburants attisent les convoitises sur les terres agricoles

Le journal des Amis de la Terre LA BALEINE a publié durant l'été 2011 le numéro 166 dont le titre était "Agrocarburants: Le mauvais choix."

""Dans les pays du Sud, en Afrique notamment, les terres agricoles font des envieux. Les gouvernements locaux, faibles et/ou corrompus, et le droit coutumier des communautés ne pèsent pas bien lourd face à l'appétit des multinationales de l'agroalimentaire et de riches Etats voulant préserver la sécurité alimentaire de leurs pays. L'engouement pour les agrocarburants aggrave encore la situation.""

Au-delà des cultures de palmiers à huile (projets au Bénin, Cameroun, République Démocratique du Congo), d'autres cultures sont concernées par l'accaparement des terres: le jatropha (Ghana, Swaziland, Mozambique, Ethiopie), la canne à sucre (Sierra-Leone, Tanzanie, Ethiopie).Cas avérés d'accaparement de terres et de projets d'agrocarburants en Afrique

1: Sierra-Leone: la compagnie suisse Addax Bioenergy a obtenu 26 000 hectares pour de la canne à sucre.

2: Ghana: La compagnie italienne Agroils a obtenu 105 000 hectares; la compagnie britannique Jatropha Africa a acquis 120 000 hectares; la compagnie norvégienne Jscanfuel cultive 10 000 hectares et a des contrats pour environ 400 000 hectares; la compagnie israélienne Galten a acquis 100 000 hectares.

3: Bénin: En projet, 300 000 à 400 000 hectares de zones humides doivent être convertis en plantations de palmiers à huile.

4: Nigéria: Acquisition de terrs par l'Etat, avec l'aide d'experts et d'investisseurs étrangers. Plus de 100 000 hectares ont été saisis.

5: Cameroun: Munie d'un bail de 60 ans sur 58 000 hectares, une compagnie franco-camerounaise agrandit ses plantations de plamiers à huile.

6: Angola: 500 000 hectares sont destinés aux agrocarburants. Les compagnies sont d'origine angolaise, brésilienne, espagnole, sud-africaine.

7: Rép. Dém. du Congo: Une compagnie chinoise réclame 1 million d'hectares. L'entreprise italienne d'énergie ENI prévoit une plantation de palmiers à huile de 70 000 hectares.

8: Swaziland: La compagnie britannique D1 Oils suspend l'expansion du jatropha, malgré sa promotion par la star du rock Bob Geldof.

9: Mozambique: Des investisseurs étrangers (originaires d'Allemagne, du Royaume-Uni, d'Italie, du Portugal, du Canada, d'Ukraine) ont en vue 4,8 millions d'hectares. Plus de 183 000 hectares sont aujourd'hui dédiés à la culture du jatropha.

10: Tanzanie: Un millier de petits riziculteurs expulsés de leurs terres pour laisser place à la culture de canne à sucre.

11: Kenya: Des entreprises japonaises, belges et canadiennes ont des projets sur près de 500 000 hectares.

12: Ethiopie: 700 000 hectares réservés pour la canne à sucre et 23 millions d'hectares compatibles avec le jatropha. LA compagnie britannique Sun Biofuels gère 5 000 hectares. La compagnie allemande Acazis AG a un bail sur 56 000 hectares avec des concessions pour 200 000 hectares supplémentaires. 

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