Brésil

Sommaire:

- Histoire du palmier à huile en Amazonie

- Grandes entreprises et petits producteurs 

- Territoire du palmier à huile

Histoire du palmier à huile en Amazonie

Le Brésil, pays jeune, aux cycles économiques assez courts réussit, à plusieurs reprises, à enclencher des enchainements vertueux d’interaction capital-travail qui conduisent à des processus d’innovation. Il existe incontestablement une manière brésilienne d’innover en recherche et développement, comme le souligne le professeur Alfredo Homma qui indique que le pays a connu ces 50 dernières années quatre grandes révolutions technologiques dues à des chercheurs nationaux :

  • - la création de la Petrobrás (1953) qui donna les moyens de la recherche autonome en exploitation pétrolière qui mena le pays à l’autosuffisance ;

  • - la fondation d’Embraer (1969) permet au pays de construire des gammes d’avions régionaux qui gagnent des parts sur le marché international ;

  • - le montage du programme Proálcool (1975) qui entraina le développement du moteur à alcool et la production d’un biocarburant non polluant à grande échelle.

  • - Enfin la création de l’Embrapa (1973), en connexion avec les Universités qui permit de grandes avancées dans le domaine des techniques agricoles et d’adaptation des plantes aux écosystèmes brésiliens à l’exemple de la transformation des Cerradosen principal grenier à grains du pays et l’Amazonie en bassin d’élevage.

Le professeur Homma plaide pour qu’une cinquième révolution technologique puisse avoir lieu en Amazonie, à partir de la biodiversité et de véritables alternatives économiques. Les chercheurs de l’Embrapa et leurs partenaires se retrouvent dans une démarche fondée sur la relation étroite entre recherche conceptuelle et action. Ils contribuent ainsi à renouveler et transformer les approches des questions agricoles en liaison avec les évolutions des écosystèmes et de l’économie régionale. Il se met alors en place des processus de “ recherche transformative » quand le chercheur devient un acteur et qu’il s’implique de façon contractualisée dans la mise en œuvre des transformations. Avec sa collecte d’informations, il constitue et partage des bases de données et anime des réseaux d’échanges. C’est dans ce contexte que nous avons pu effectuer la visite de terrain dans l’entreprise Marborges à Moju.

Jeune plantation de palmiers à huile:

Jeune plantation de palmiers à huile Cliché Hervé Théry 2010

L’histoire des plantations de palmiers à huile en Amazonie remonte aux années 1950 lorsque des recherches sont menées sur les hybrides afin de croiser le dendezeiro (Elaeis guineensis), espèce africaine et le caiaué (Elaeis oleifera), espèce native de l’Amazonie . Des essais de plantation sont tentés autour de Belém et de Manaus. La chercheuse Clara Pandolfo (1912-2009) s’en fait l’ardente avocate. En 1964/65, un accord de coopération technique est signé entre la Superintendance de Valorisation Economique de l’Amazonie (SPVEA) et l’Institut de Recherches pour les Huiles et Oléagineux (IRHO), institution qui sera ensuite intégrée au Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (Cirad), français, pour lancer un projet pilote de 1.500 ha, et une Usine de transformation. Les premières plantations furent réalisées en 1968, au km-9 de la route PA-391 (Belém-Mosqueiro) dans le município de Benevides (PA), actuel Município de Santa Bárbara, et le projet Dendê passe sous le contrôle de la Superintendance de Développement de l’Amazonie (Sudam) jusqu’en 1974, quand il intègre le consortium HVA International (Holanda)  , Cotia Trading et la Dendê do Pará Ltda (Denpal), qui deviendra par la suíte la Denpasa (Dendê do Pará S.A.).

Pendant ce temps, l’Afrique perd de sa prééminence et la géographie du palmier à huile se modifie, l’Asie commence sa production de masse. En Amazonie, les experts hollandais de l’Agence de développement agricole, HVA International, conduisent le processus de montage de la filière en participant, de 1973 à 1984, à l’entreprise DENPASA (Dendê do Pará SA) qui constitue une plantation en propre de 5100 ha à Benevides, Pará et 2500 ha de petits producteurs associés à la Cooperativa Agrícola Mista Paraense (Cooparaense) de Santa Izabel do Pará. La production s’élève à 20 000 tonnes d’huile de palme, et provient de deux usines dont la CODENPA Companhia Dendê Norte Paraense, qui traite la matière première des associés.

Cependant, les politiques publiques ne suivent pas, alors que le Proalccol réussit, le Prooleo est un échec. Malgré tout, diverses tentatives se poursuivent dans le Para avec des groupes passablement capitalisés qui procèdent par captation d’incitations fiscales, cependant les réussites se font attendre, ainsi le projet Dendê da Amazônia S.A. (Denam) sur 3.000 ha dans le municípe de São Domingos do Capim, est abandonné une dizaine d’années plus tard, de même que le projet de Téfé dans l’Etat d’Amazonas. Pourtant, un pôle de recherche se structure au sein de l’Embrapa3 et développe ses activités sur le palmier à huile dans ce dernier Etat, plutôt qu’au Para. Cependant, les investissements cessent à la fin des années 80 et les recherches entrent dans un processus de déclin, ne produisant plus d’amélioration variétale. Actuellement, l’Embrapa, confrontée à une demande énorme en recherche, se consacre particulièrement aux variétés productives et résistantes au jaunissement fatal et réinvestit dans des stations expérimentales qui accumulent les expériences sur le palmier à huile, tant sur les systèmes de culture que sur le matériel génétique travaillant sur les hybrides interspécifiques des souches africaines et amazoniennes, notamment pour les rendre résistantes à la maladie du “jaunissement fatal”, AF, apparue il y a une vingtaine d’années et dont les mécanismes de diffusion restent mal connus et sans qu’on puisse y remédier. Cette maladie constitue une entrave au développement du palmier à huile en Amazonie, un peu à l’image de celle qui affecte les hévéas. C’est un des défis que doit relever le CPATU-Embrapa de Belém, qui mène également, en multipliant les parcelles d’expérimentation, des études sur les sols, la rétention de l’eau, le maintien de la fertilité, les indices de percolation. La science et la production tissent, dans un climat de coopération, de nouveaux partenariats4.

 Cliché Hervé Théry 2010
  

Grandes entreprises et petits producteurs

Les plantations de la première époque fournissent la base des entreprises actuelles qui, après différents changements de management, forment l’axe du “ pôle palmiers à huile Moju-Acara-Tailandia » (voir carte), visibles sur les images satellitaires et en grande expansion. Trois de ces entreprises seront brièvement présentées. Elles sont largement le fait d’acteurs extérieurs à la région, mais impliquent des milliers de travailleurs locaux et les effets d’influence qu’elles ont sur le territoire est déjà très palpable.
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Le territoire du palmier à huile

Le territoire du palmier à huile
Agrandir Original (png, 275k)         Adriano Venturieri
 
 
 
Les organisations sociales fortes et revendicatives font que la région Guajarina constitue, pour certains observateurs, “ un des épicentres de la lutte contre l’expansion des entreprises agroindustrielles » (Rosa Acevedo, 2009). En effet, les entreprises font localement l’objet de nombreuses critiques, elles sont accusées de polluer les rivières, de répandre des herbicides dans les sols, d’enfreindre les lois du travail. Les travailleurs se plaignent des longues journées et des maigres salaires, tandis que les voisins relèvent de nombreuses contaminations des eaux et des sols. Malgré tout, la logique du partenariat et de la coopération est pourtant préférable à celle de la confrontation ; l’objectif que préconise le Ministère du Développement Agraire (MDA), particulièrement attentif à l’équilibre des territoires ruraux, est de maintenir le dialogue et de faire participer les petits producteurs à cette filière, sans qu’ils tombent dans une trop grande dépendance. Car, dans ces territoires en mutation productive, les travailleurs forment les nouveaux contingents d’acteurs dont la position territoriale se trouve plus ou moins enracinée. Ils viennent des communautés rurales voisines ou des villes proches ou du Nordeste ; au contact de l’entreprise, les pratiques spatiales des caboclos se modifient en profondeur, et notamment, ils confortent par le salariat leur enracinement voyant s’éloigner la contrainte de la migration. Les questions qui se posent dans cette zone de post-front pionnier sont celle de la stabilisation du peuplement obtenue par l’insertion dans les circuits économiques et celle du contrôle de la citoyenneté.

Les syndicats des travailleurs ruraux dénoncent le risque de perte d’autonomie dans l’engrenage de la précarité monétaire et mettent en place des luttes visant à éviter la détérioration des conditions de vie et de travail dans des lieux où le boom économique se fait brutalement sentir. Ainsi, une localité dénommée Villa dos Palmares, sise à cinq kilomètres du siège de l’Agropalma, regrouperait 5000 habitants et compterait 85 bars, avec peu de contrôle social, des taux élevés d’homicides et des cas avérés de prostitution infantile. Qui va payer le coût de l’urbanisation, de l’installation des réseaux et des logements, de l’apprentissage de la citoyenneté ? Les nouveaux habitants se reconnaissent-ils dans le lieu ? Des actions sont certes menées par la municipalité et l’entreprise, elles visent avant tout à améliorer l’éducation sociale et environnementale des habitants de la localité. Toute nouvelle production créatrice d’emplois se trouve donc confrontée tant aux modalités de gestion de ses travailleurs, qu’à l’organisation fonctionnelle des nouveaux territoires amazoniens en gestation.

Les fonds de cartes Arc Gis révèlent que les plantations s’étendent sur des terres déjà fortement déforestées (entre 35 et 65 %) et qu’elles ont aussi un impact sur l’extension de la déforestation.

Même si un certain nombre de facteurs limitent l’expansion des palmiers à huile en Amazonie (investissements élevés, maladie du jaunissement fatal, accès insuffisant aux semences de Tenera et hybride interspécífique O x G, manque d’infrastructures, problèmes fonciers…) cette culture devrait se renforcer dans la zone propice à son développement ; elle est utile aux industries agroalimentaires du pays alors même que le biodiesel se présente comme une alternative de plus en plus plausible, surtout si l’on cherche à renforcer lecaractère régionaliste d’une géopolitique amazonienne. L’Amazonie, qui a été longtemps un territoire-ressource caractérisé par son ouverture internationale (cacao, épices, caoutchouc), accueille de plus en plus d’habitants et cette population manifeste le souhait d’un projet de développement cohérent à l’échelle régionale afin de dépasser le rôle classique de fournisseur de matières premières :, le fer de Carajas, la bauxite de Trombetas, l’hydroélectricité de Tucurui ou encore la Zone Franche de Manaus...… Beaucoup de politiques publiques ont eu tendance à négliger les priorités régionales au profit de l’implantation de grands programmes sectoriels. Ces gros chantiers et leurs infrastructures ont bousculé les propositions de développement régional. On revient maintenant à des projets plus localisés qui, pour peu que l’on y songe, s’ancrent davantage dans la dynamique des territoires par le renforcement des économies régionales et des pouvoirs locaux amazoniens.

Un territoire autour de la filière du dendê est donc en passe d’émerger avec ses points d’innovation, ses lieux de tensions et ses flux d’ajustement. En effet, les activités liées à la commercialisation de l’huile de palme s’organisent le long des axes Moju-Acará et Moju-Tailândia où de grandes opérations agricoles et industrielles articulent des espaces fonctionnels, stabilisent les populations rurales, consolident les noyaux urbains par l’élargissement des échanges. La toute récente décision d’installer une usine sidérurgique à Moju va dans le sens de cette diversification des activités urbaines : l’entreprise Copala présente, en coopération avec l’Italien Danieli, le projet d’une unité industrielle de petite envergure, 12000 tonnes d’acier par mois, dont l’argument repose sur le fait de pouvoir approvisionner en acier l’agglomération de Belém. Ainsi l’influence de la métropole de Belém se fait sentir dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, dans des régions où s’organisent des circuits spécifiques d’approvisionnement de l’économie métropolitaine, selon le grand mouvement d’expansion géographique qui caractérise la nation brésilienne.Le quadrilatère Moju-Acara-Tomé Açu-Tailandia où se trouvent, sur des terres déjà fortement déforestées, la majorité des plantations, marque nettement le déplacement vers le sud des activités agricoles et agro-industrielles. La carte de l’Embrapa rend explicite cette translation des plantations de palmier à huile de la Bragantina vers la Guajarina où elles prennent une autre configuration géographique avec de grands domaines agricoles et la démultiplication des relations entre les villes, les campagnes et les industries. C’est ainsi que se déroule une des modalités spécifiques de la territorialisation à l’œuvre dans le post-front pionnier de l’Amazonie orientale où l’occupation des interfluves des fleuves Moju, Acara se densifie sous l’action des acteurs publics et privés qui incorporent ces espaces au système économique national et régional.

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