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Huile de palme : la polémique gagne du terrain

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Les huiles de palme et de palmiste sont à la base d’une très grande quantité de composés utilisés dans l’agroalimentaire (margarine, chips, confiseries, etc.), les produits manufacturés (cosmétiques, savons, détergents, bougies, lubrifiants, etc.) et, depuis peu, la production de biocarburants. Selon l’association Les Amis de la Terre, dans le monde, près d’un milliard de personnes consommerait des produits issus de cette industrie. Cela fait presque 200 ans que les petites palmeraies d’Afrique de l’ouest ont commencé leur transformation en palmeraies artificielles. En effet, ce sont les savonneries des pays Occidentaux qui ont été à l’origine de l’expansion fulgurante des plantations. Colonisation et productivisme ont pris le relai et ont conduis à une catastrophe aussi bien écologique qu’humanitaire.

Depuis plus d’un demi-siècle, l’expansion a envahi l’Amérique latine et l’Asie du sud-est. Si sur les terres d’origine du palmier, les exploitations restèrent traditionnelles et villageoises voire familiales, l’implantation en Indonésie et en Malaisie fut beaucoup plus impressionnante. Les superficies ne se comptent plus en centaines d’hectares mais en milliers voire millions d’hectares. Il n’y a qu’à voir les images satellites, au changement de continent s’ajoute aussi un changement d’échelle. Quant à l’Amérique latine, même si les productions s’organisent, s’étendent et les investisseurs étrangers affluent[1], les problèmes politiques et la présence de guérillas ont empêché une véritable expansion des palmeraies.

Quelques soient les continents, les conséquences sont à peu près toujours les mêmes. Tous les secteurs sont touchés. Lorsque la forêt est rasée et très souvent brûlée, la biodiversité en pâtit très gravement et de nombreuses espèces ont vu leur nom inscrit dans la liste UICN. Selon le Docteur Biruté M. F. Galdikas, fondatrice de l’ONG Orangutan Foundation International, l’orang-outan, espèce emblématique de l’actuelle extinction en masse, « pourrait s’éteindre comme population biologique viable dans 10 ou 20 ans si rien n’est véritablement entrepris ». L’espoir demeure fragile. Sans une action efficace et coordonnée, le monde ne pourra plus qu’observer le regard triste de ces « hommes des forêts » à travers la vitre d’une ménagerie.

Outre la perte de biodiversité, l’érosion des sols, l’insalubrité de l’eau et les gaz à effets de serre engendrés par la déforestation souvent réalisée par brûlis, des rapports récents de la Banque Mondiale dénoncent la dilapidation des terres ancestrales, la surexposition des femmes aux pesticides, le travail des enfants[2]. Cependant, selon les pays et les types d’exploitations, les conséquences des cultures sont tout à fait différentes. Vecteur de destruction dans certaines zones, l’élaeiculture[3] semble être assez fréquemment vecteur de développement, ce qui ne rend pas si simple le combat contre celle-ci quand elle est intensive[4]. Elle peut faire l’unique richesse de certains villages voire de certaines régions. Non seulement c’est une ressource économique mais l’huile de palme détient plusieurs qualités sur le plan nutritionnel. En effet, cet or rouge est décrit comme l’aliment miracle, notamment parce qu’il procure un apport formidable en vitamine E (un mélange de 55% de tocotrienols et 45% de tocophérols). D’autres études, notamment celles de chercheurs de l’Université du Wisconsin[5], ont révélées que les activités tumorigènes sont abaissées quand d’autres graisses et huiles sont remplacées par l’huile de palme. « Sundram a trouvé que les rats nourris avec un régime contenant 20% d’huile de palme avaient pour 33 à 55 % moins de chance d’amorcer chimiquement des tumeurs mammaires que les rats ayant été alimentés avec plus d’huiles insaturées ». L'huile de palme n'augmente donc pas le risque de cancer. Ce serait donc la dose qui ferait le poison. Pas si sûre à en croire l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) qui décrète qu’ « à l'exception de l'huile de palme (…), il est conseillé de consommer et de diversifier les huiles végétales ».

Lorsque l’huile de palme est intégrée dans des produits transformés ou hydrogénée, elle perd toutes ses qualités nutritives. Elle rejoint alors le banc des accusés d’hypercholestérolémie. Son apport est dans ce cas totalement déconseillé. Mais comment faire dans une société où 1 produit sur 10 contient de l’huile de palme ou ses dérivés ? D’autant plus que la France n’impose pas aux industriels d'inscrire la présence d’huile de palme sur leurs étiquettes. Seule la mention « matière grasse végétale » est obligatoire. Le consommateur ne peut donc véritablement pas faire un choix réfléchi de ce qu’il achète. Il a besoin de plus de transparence et de traçabilité.

Pour tenter de palier la destruction progressive des forêts primaires – tous les ans, entre 13 et 15 millions d’hectares de forêts disparaissent – et surtout pour mettre en défaut la polémique sévissant dans les pays Occidentaux, de plus en plus d’entreprises rejoignent la Table Ronde pour l’Huile de Palme Durable (RSPO). Créée en 2004 par le WWF en collaboration avec plusieurs entreprises du secteur (Unilever, Aarhus United, Sainsbury’s, Golden Hope Plantations Berhad, Migros), elle comprend des producteurs, des exportateurs, des firmes transnationales, des banques, des ONG et des investisseurs. Le site de l’organisation Oxfam France présente très clairement les principes et critères de la RSPO ainsi que les critiques. En effet, de nombreuses entreprises participant à la RSPO sont accusées de « greenwashing ». Quelques-unes de ces critiques sont portées sur l’appartenance à la RSPO d’entreprises impliquées dans la déforestation de forêts primaires ou encore sur le peu de contraintes au niveau des critères environnementaux et sociaux. Cependant, il est sage de saluer le travail du WWF qui œuvre auprès de tous les acteurs de la filière pour que les palmiers à huile continuent à être une richesse économique tout en limitant l’impact de leur implantation. Mais dans son rapport Palm Oil Buyers’ Scorecard datant de 2011, l’organisation relève des disfonctionnements ou des manquements au règlement de la RSPO. Par exemple, sur les 132 membres de la RSPO, une vingtaine de membres n’ont pas fait leur reporting de l’année concernant les progrès qu’ils avaient à faire, 23 ne communiquent rien sur le volume d’huile de palme RSPO acheté, etc.

La solution est-elle véritablement dans ces certifications durables (RSPO, MSPO, ISPO) ? Ou bien dans l’équitable et le biologique ? Les initiatives sont présentes et en grand nombre mais ne semblent que palliatives. L’urgence est à l’arrêt total et immédiat de l’expansion des plantations de palmiers à huile dans les zones critiques et les zones à risques dites de Haute Valeur Environnementale (HVE). Pour cela, les importations doivent être ralenties quelques soient les régions du monde. La traçabilité mise en place permettra au marché de s’orienter  et de favoriser les zones où les plantations sont belles et bien vecteurs de développement. Dans l’immédiat, il faut donc organiser un moratoire européen[6] sur les importations d’huile de palme afin d’instaurer une table ronde autour de toutes les problématiques qu’engendre les plantations de palmiers à huile.  



[1] W. ANSEEUW, M. BOCHE et al. (2012). Analytical Report based on the Land Matrix Database. CDE (The Centre for Development and Environment), CIRAD, GIGA (German Institute of Global and Area Studies).

[3] L’élaeiculture : c’est le nom donné à la culture des palmiers à huile en référence au nom latin du palmier, Elaeis Guineensis. D’autres espèces de palmiers sont aussi utilisées comme Elaeis Oleifera.

[4] Parfois le combat, trop tranché et trop simpliste, peut conduire à desservir la cause. Ce sera peut-être le cas à l’issue de l’audience de Système U et de l’Association Ivoirienne des Producteurs de Palmiers à Huile (AIPH) après un dépôt de plainte de ce dernier contre une publicité des Magasins U visible depuis février dernier.

[5] Charles E. ELSON, Suzanne G. YU & Asaf A. Qureshi (1995). The cholesterol – and Tumor-Suppressive Actions of Palm Oil Isoprenoids. Nutrition, Lipids, Health and Disease. Chapitre 10.

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